Entretien : l’homme qui a fait fumer les femmes

Aujourd’hui, Le Toaster rappelle qu’il n’est pas nécessaire de posséder une carte au Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei pour figurer parmi les plus grandes fripouilles de l’Histoire. Illustration avec cette interview  exclusive d’Edward Bernays, propagandiste débauché par Lucky Stricke pour faire fumer les femmes. Décédé en 1995, ce neveu de Sigmund Freud a tout de même accepté de répondre à nos questions.

Edward, on vous considère comme le père de la propagande politique, pourtant on entend très peu parler de vous. Comment expliquez-vous cela ?

J’ai refusé Vivement Dimanche. Deux fois.

Certes. Mais quand Frederic Beigbeder raconte que Goebbels est l’inventeur de la publicité avec la propagande nazie, vous n’enragez pas un peu ?

M’en fous moi… Dans le fond, il dit quoi Beigbeder ? Que Joseph a inventé la pub ? Tant mieux pour lui… La pub n’intéresse personne. La persuasion, la vraie, c’est quelque chose de plus suave.

« Suave » ? Vous faites référence aux relations publiques ?

Oui. C’est plus suave que la pub. Je prends souvent le même exemple pour expliquer la différence. Quand je veux mater le foot pépouze le samedi soir, je ne répéte pas 500 fois à ma femme : « ton The Voice tu peux te le foutre où je pense… »

Vous faites quoi alors ?

J’achète des grilles pour le loto du Comité des fêtes et je les insère dans le Télé-Loisirs. Résultat : j’ai mon foot et ma femme, elle gagne des micro-ondes.

Vous manipulez votre femme en somme…

Tout à fait. D’ailleurs j’en profite pour une petite auto-promo (il sourit). Mon livre « Propaganda, Comment manipuler l’opinion publique en démocratie » vient de sortir en e-book. Le titre est plutôt explicite non ? (il rit).  Avouez que c’est autre chose que les slogans poussiéreux de l’autre antisémite.

propaganda_bernays

Un ouvrage qui fêtera son centenaire dans 13 ans.

 


Malgré tout, « Ein Reich, ein Volk, ein Führer » est dans tous les livres d’Histoire…

Qui lit encore des bouquins ? L’avenir c’est internet et tout.

Vous tweetez ?

#non #ironie #matemoniPhone

Vous croyez dans la démocratie 2.0 ? L’intelligence collective ?

#ptdr (iI  se crache quelques gouttes de café sur la chemise). C’est quoi ça ? Jetez Einstein au Parc des Princes, deux minutes plus tard vous récupérez une cacahuète qui hurle des cris de singe. Les foules sont non-pensantes, elles sont bêtes, ‘comprenez ?

C’est ce que vous avez vendu à Lucky Strike à la fin des années 20 ?

#booyastafari

La marque vous a chargé de faire fumer les femmes, c’est ça ?

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les cigarettiers étaient déjà les rois du goudron à l’époque. Pendant la Première Guerre Mondiale, ils avaient été assez malins pour arroser les soldats de paquets. Les américains avaient lâché le tabac à priser, c’était le rêve ! Mais dans ce genre d’industrie, on ne rigole pas avec le business. Tu leur dis : « Tout roule les mecs ! », ils te répondent « Ferme-la, il reste 50 % du marché à conquérir ».

Les femmes donc… Et comment avez-vous décoincé le problème ?

Comme tout le monde. J’ai préparé un petit powerpoint et troisième slide, bam ! Don Draper !

C’est à dire ?

Je leur ai  balancé #cash : « on va aller chercher l’effet Wahou « . Ils ont adhéré  direct.

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« L’effet Wahou » toujours à l’œuvre dans la communication moderne #shutterstock

 


Et c’était quoi cet « effet Wahou » ?

Ça… J’ai seulement commencé à y réfléchir en sortant de la réunion. Et à vrai dire, j’ai un peu flippé, pour les honoraires et tout… Et puis un jour le déclic ! C’était  au Buffalo avec ma femme. Je terminais mon steak d’autruche, quand elle s’est mise à parler des « souflaquettes »…

Les « suffragettes » ?

Oui ! Ma femme adorait ces trucs là. Le droit de vote, le militantisme, les libertés, tout ça… Et là je me dis mon petit Edward, t’as un coup à jouer. Je prends le dépliant du « menu du Sheriff » et d’instinct j’écris dessus : « Liberté = fumer ». Ma femme m’a pris pour un fou. Elle m’a fait son regard de carpe, comme ça…  (il écarquille les yeux et rit). Comme ça… (il recommence). La carpe, comme ça… (il recommence)… #LOL

#lol Donc si on comprend bien, vous avez utilisé la cause des femmes pour vendre des cigarettes ?

#carrément On a fait de la pub dans les journaux pour dire que les rouflaquettes allaient mener une action coup de poing pendant la parade de Pâques à New York. Les journalistes sont tombés dans le panneau. Ils nous appelaient pour avoir des infos et nous, on leur disait simplement : « pointez-vous à la parade et vous verrez »…

Et là ?

Le jour de la parade, je fais péter le benco ! J’avais embauché des mannequins pour défiler… Ma femme m’a détesté… Je leur ai juste demandé d’allumer une cigarette au moment où les journalistes leur poseraient des questions. Et elles l’ont fait ! En criant : « Voilà les flambeaux de la liberté ! » (il brandit une touillette). Le lendemain tous les journaleux titraient sur les « Torches of the freedom ». Chez Lucky Strike, ils étaient comme des fous. En une journée fumer était devenu glam. Merci qui ?

Merci Eddie ?

Yessaï !

Et votre femme ?

Deux jours après elle partait avec le shérif du Buffalo Grill…

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« Merci qui ? Merci Eddie »

 

 

C’est le plus beau coup de votre carrière ?

Qui ? Ma femme ? Non il y a mieux  (il rit).

LOL

Mais niveau boulot, oui c ‘est certainement l’une de mes plus belles campagnes. Après, j’ai deux ou trois autres projets qui ont pas mal fonctionné. Le « I Want You for US Army » était sympa.

On nous a aussi parlé d’une histoire de savon…

Oui, c’était avec Procter & Gamble. On avait organisé un concours de sculpture sur savon dans les écoles. Quand les médias nous demandaient, on racontait qu’on travaillait « la culture des impulsions esthétiques des jeunes générations ». C’était la bonne époque.

C’était mieux avant donc ?

Non, c’est moins bien maintenant…

Merci pour cet entretien Edward. Vous êtes une sacrée fripouille !

On est toujours la fripouille de quelqu’un #hitler #tmtc

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