MMA : Tu seras un homme, ma fille..

A l’heure des discours sur la parité, la place des femmes est encore sujet à controverse, comme l’indique les conclusions de la récente semaine sur la visibilité des sports féminins à la télévision. Et si, comme pour l’ultracapitalisme, les chewing- gums et les baskets, la solution venait d’Amérique ?

Outre-Atlantique, deux événements ayant eu lieu la même semaine ont agité les médias : la pole-position de la pilote féminine Danica Patrick lors d’une course de Nascar (les courses de stock-cars, sport typiquement états-unien où des bolides renforcés font des dizaines de boucles à toute vitesse et où les carambolages –le seul intérêt, donc- sont légions, il y a d’ailleurs une excellente bouse avec Tom Cruise, Jours de Tonnerre, sur le sujet), et l’introduction des combattantes féminines à l’UFC.

L’intro de l’UFC: des hommes, du sang, de la sueur. No homo.

L’UFC (Ultimate Fighting Championship) est l’organisation principale de compétitions de Mixed Martials Arts (MMA, improprement traduit chez nous par Free Fight ou Full- Contact), sport aussi controversé que le lancé de nains, interdit en France pour des raisons obscures. En résumé, le MMA est un sport où des athlètes surentraînés sont enfermés dans une cage pour se battre jusqu’à la perte de connaissance, l’abandon, l’arrêt de l’arbitre ou la décision des juges. Show testostéroné par excellence, l’UFC, par l’intermédiaire de son président, l’étonnant Dana White refusait catégoriquement l’introduction des femmes dans l’organisation pour diverses raisons : manque de talent, manque de public, manque de combattantes de haut-niveau. Le MMA féminin dût prendre son essor via d’autres organisations secondaires, comme Strikeforce (possédée par l’UFC), Invicta (réservée aux femmes) ou la défunte Elite XC.

ronda-rousey-vs-sarah-kaufman

Où sont les femmes ?

White ravala rapidement ses paroles devant la montée en puissance de la mode des femmes combattantes et de sa figure de proue, Ronda « Rowdy » Rousey, championne de Strikeforce et seule américaine à avoir remporté une médaille olympique en judo. Invaincue, ayant terminé tous ses combats au premier round par la même prise (la clé de bras), adepte du trash-talking et un peu mignonne, Rousey s’imposa vite comme un symbole marketing qui permit au MMA féminin, et au MMA en général, de sortir du placard que lui réservent habituellement les grands médias américains types NY Times, CBS ou ESPN. Sentant la bonne odeur des dollars, L’UFC dissout Strikeforce et intègre les combattantes à son écurie. Mais le tour de force ne s’arrête pas là. Ils font de Rousey la championne par défaut de la catégorie féminine et programme immédiatement sa première défense de titre à l’UFC 157, à Anaheim en Californie. L’UFC prend alors un risque, et décide d’en faire son attraction principale de la soirée : comprenez qu’il s’agit du dernier combat du programme, celui considéré comme le plus important, celui qui va donner son titre à l’événement et sur lequel va se concentrer toute la promotion. Du jamais vu à l’UFC, puisque les deux combattantes ne s’y sont jamais produites, que les combats de femmes ne sont pas populaires auprès des fans, et donc que l’on ne connaît pas leur potentiel de rentabilité. Il faut alors savoir que l’essentiel des shows de l’UFC sont des pay-per-views, c’est-à-dire qu’il faut payer environ 50 euros pour assister à une soirée de combats sur sa télévision. Les gens sont-ils prêts à payer une telle somme pour une carte dont l’événement principal est un combat de championnat par défaut où les combattants sont deux femmes ? L’internet prédit un four et râle. Les gens se déclarent non-intéressés et les journalistes s’interrogent sur la validité de l’opération. Ne valait-il pas mieux réserver cette nouveauté pour les soirées « UFC on Fox » où les combats sont diffusés gratuitement sur la télévision nationale ? Que ce combat soit le « main event » étonne, puisque l’autre rencontre importante de la soirée propose Lyoto Machida, ancien champion de la catégorie lourds-légers contre Dan Henderson, plusieurs fois champion du monde dans plusieurs catégories de poids, pour déterminer le prochain challenger à la ceinture des -93 kilos.

L’UFC met alors le paquet et fait tout pour promouvoir le combat. Publicité, sensibilisations, shows spéciaux sur les combattantes, conférences de presse… Les femmes sont traitées comme les autres champions de l’UFC. Evidemment, l’UFC est très malin. Sa championne est marketable, mais son adversaire aussi : Liz Carmouche, en plus d’avoir une carrière plus qu’honnête, est une ancienne soldat de l’armée américaine, et la première combattante ouvertement homosexuelle. Impossible à dénigrer donc dans les médias, qui se rangent rapidement du côté de l’UFC et applaudit cette démarche audacieuse, qui bien que répondant aux lois du business a le mérite de faire évoluer les consciences.

ufc_157_rousey_carmouche

La soirée est un succès. Les combats sont divertissants, à l’exception de Machida- Henderson qui se finit mollement à la décision, tandis que Rousey-Carmouche se déroule à un rythme effréné. Le premier round est une suite de rebondissements, s’achevant sur la victoire de la championne en titre à quelques secondes de la cloche, par clé de bras, son coup spécial, malgré une farouche résistance de la prétendante. De l’avis général, l’introduction des femmes dans l’organisation reine du MMA est une franche réussite. Les estimations de vente de la soirée tournent autour de 400 000, soit un bon score pour une soirée normale (comprenez, une carte d’hommes) de l’UFC. 400 000 c’est 3 à 4 fois mieux que le précédent record de pay- per-view d’un combat féminin, détenu depuis plusieurs années par le match de boxe entre la fille de Mohammed Ali contre la fille du Joe Frazier (bonjour la crédibilité). Les salaires de Rousey (90 000 $ dont la moitié comme prime de victoire) et Carmouche(12 000) sont aussi dans la norme des combattants de la soirée (31 000 de moyenne sachant que le salaire d’Urijah Faber -100 000- fausse largement celle-ci qui tourne plus autour des 20k), tout de même loin derrière Machida (200 000) et Henderson (250 000). Ceci s’explique par le fait que Machida est un ancien champion de l’organisation et qu’il fut invaincu pendant plusieurs années, et que Henderson fait partie de ce sport quasiment depuis qu’il existe et qu’il fait partie des combattants les plus populaires. Notons que bien des combattants masculins du même gala gagnent moins que Rousey et Carmouche.

L’introduction des femmes dans la plus grande organisation du sport le plus violent de la planète est un symbole. Les sports de combats sont traditionnellement réservés aux hommes. Les images qui y sont attachées, les muscles, le sang, la sueur, la violence, l’agressivité, font peu partie des sports où les femmes ne dérangent pas. Les tenniswomen ont toutes les peines du monde à ne pas jouer en jupette et on a encore à l’esprit les polémiques à propos de la façon dont est filmé le beach-volley. Les filles jouent à la poupée, pas à la baston. Les filles, ça ne tape pas, ça doit être protégé. Les filles c’est fragile. C’est ce genre de préjugé infantilisant que fait voler en éclat une soirée comme l’UFC 157. C’est la preuve par A + B, qu’une femme c’est dur, c’est violent, c’est résistant. Combien d’hommes auraient crié et pleuré leur mère en étant pris dans la clé de bras de Rousey, alors que Carmouche se contenta de serrer les dents et de chercher par tous les moyens à s’en défaire avant d’abandonner ? L’UFC 157 est une bonne preuve que le marketing et la communication peuvent aussi déboucher sur des avancées sociales. Bien sûr, j’entends au loin quelques esprits chagrins affirmer qu’enfermer deux femmes dans une cage pour qu’elles se battent n’est pas une avancée sociale. A ceux-là, je souhaite la paix et une bonne gastro-entérite. Pendant que l’horrible société américaine, ultralibérale, achète à prix coûtant des combats de femmes en prime-time, le tennis féminin se déroulent toujours en 1 set de moins que les hommes, et le hand-ball femelle passe en pleine après-midi sur des chaînes de merde dans des programmes publics sans ambitions. Le foot féminin est diffusé sur des chaînes du câble, quand elles n’ont plus de rediffusion de Perry Mason sous le coude.

Mais à part ça, le MMA est un sport-spectacle de machos abrutis assoiffés de sang. C’est en tous cas l’argument avancé par les Fédérations Françaises de Judo et de Karaté pour justifier son interdiction chez nous. On attend donc que ces sports nobles et éducatifs passent les finales mondiales féminines sur TF1 à 21h. Sur ce je vous laisse, il faut que j’emmène ma poule chez le dentiste.

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