Et si nous étions tous hipster, en fin de compte ?

Difficile d’introduire un article sur les hipsters : tout (presque) a déjà été dit. Analyses, dossiers, images macro…et des propos rarement tendres. Ces individus qui peuplent les ateliers d’artistes, bars branchés, soirées huppées et agences de communication ont de prime abord tout pour agacer, mais ce ne sont que la partie émergée de l’iceberg.. Une analyse de NXF et LCS

La principale difficulté vis-à-vis des hipsters (outre le fait de les supporter, diront les mauvaises langues) provient de la définition même du hipster. S’il était plutôt facile de ranger le hipster original des années 40 dans une case (grosso modo, de jeunes blancs qui adoptaient le mode de vie des noirs, un mode de vie fait de jazz, de drogues et de pauvreté ‘volontaire’), le hipster moderne est plus difficile à définir. Bien sûr, il s’agit encore majoritairement de jeunes blancs venant de classes moyennes à supérieures, urbains, instruits et fortement attirés par tout ce qui est indépendant et de préférence bien barré. Ce qui englobe une belle partie des individus âgés entre 20 et 30 ans et qui se prétendent instruits, cool, et « pas comme tout le monde ».

Mais au fond, pourquoi le hipster énerve-t-il (elle) ?

– Parce que le hipster s’assume. Il a trouvé sa tribu. Il est bien dans ses sneakers.

– Parce que le hipster fait semblant d’être pauvre, alors qu’il bénéficie d’un budget qui lui permet d’avoir un iPhone dernier cri et de se nourrir de sushis.

– Parce que le hipster ressemble aux autres hipsters. Un classique qui fonctionne également avec les punks, les gothiques….presque toutes les contre-cultures.

– Parce que le hipster se donne une identité qu’il n’a pas, via toute une gamme d’accessoires (lire le très bon article de Lociol à ce sujet) et attributs physiques à l’image des lunettes à monture épaisse et autres montres casio dorées ou encore d’un faux amour pour le rétro-gaming.

– Parce que le hipster est une sorte de cliché de lui-même. Conscient de ne vouloir faire comme personne, il abuse de ce mode de vie et de pensée. Typiquement ne pas aimer le mainstream. Un groupe n’est pas connu ? Il adore. Le même groupe devient connu ? C’est vraiment de la daube, des vendus, c’est trop commercial, tweete-til depuis sont Iphone. Quitte à aimer des trucs vraiment pourris mais que personne ne connait.

Avouez-le, vous-vous êtes forcément reconnus dans un ou plusieurs des points ci-dessus. Oui, si le commun des mortels aime à détester les hipsters, c’est surtout parce qu’il ne s’agit pas d’un mouvement complètement borderline. En d’autres termes, tout le monde est un peu hipster sans se l’avouer. Qui n’a jamais aimé être fan de quelque chose que personne ne connaît ? Qui n’a jamais aimé dire « je connaissais et je le faisais avant que ce soit la mode ? ». Nous allons y revenir.

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Un cliché : le hipster avec sa machine à écrire, le tout traité en Instagram.

Le hipster, impossible à cerner ? 

Un autre problème de la notion de hipster vient de sa tendance à devenir très subjective. Aujourd’hui, on peut tous être le hipster de quelqu’un comme on peut être le con ou le beauf de quelqu’un. Mais certains signes ne trompent pas : Iphone, look savamment négligé, gout pour tout ce qui n’est pas mainstream, attirance envers le vintage, côté artiste, indé, faussement pauvre…. Le hipster, au delà de son uniforme, cristallise les contradictions du monde dans lequel on vit. Il n’y a qu’à voir le nombre d’images macro et de mèmes qui tirent à boulets rouges sur les hipster. Et puis, c’est une cible facile : le hipster n’est pas spécialement politisé ni vindicatif, donc on peut continuer à cogner…. Le bouc émissaire idéal : comme disait l’adage Shadok : « pour que tout le monde soit content, il faut toujours taper sur les mêmes ».

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Autre cliché, les sushis à la sauce Instagram

Enfin, la difficulté à cerner les hipsters provient du fait qu’ils reprennent  à leur compte la dynamique de toutes les contre-cultures, à savoir la différenciation et une forme de fierté de la ghettoïsation, sauf que le hipster aime cette dynamique pour elle-même, là où des précédents mouvements n’y voyaient qu’une conséquences. Pour les punks c’était à la base une raison sociale, politique, idem pour la culture Hip-Hop ; pour les geeks une passion de l’informatique et la peur du monde réel, pour les otakus, la passion des jeux et des animes, etc. . Chez le hipster, c’est plus qu’on recherche simplement la différenciation, la ghettoïsation, la mise à l’écart, que celles-ci ne sont pas la conséquence d’une vision du monde ou d’une façon de vivre. Symptomatique de l’époque post-moderne, le hiptster moderne sera différent pour être différent. Finalement le hipster est à la contre-culture ce que l’émo est au gothique. C’est pour cela que le hipster est souvent taxé de « fake » parce que les raisons de ses choix culturels sont exclusivement dictées par les modes et les contres-modes, et qu’au bout du compte, la mode aujourd’hui étant tellement fluide, souple, et disparate, qu’il est difficile d’être réellement à contre courant. Si on prend la moustache, celle-ci est revenue à la mode avant les hipster, avec la tendances des Ubersexuels (par opposition au métrosexuel) et le retour du poil comme valeur virile. Ca, c’était il y a 6-7 ans, soit un peu avant le moment où les hipsters en ont fait un étendard. La confusion s’étend au fait que c’est une contre-culture qui est devenu instantanément une mode, ce qui est parfaitement contradictoire…

De plus, l’époque à laquelle nous vivons (époque post-moderne) possède pour caractéristique d’être atomisée : les valeurs collectives, les référents universels disparaissent, pour laisser place à l’individu. On se construit désormais sa propre culture, ses propres croyances, ses propres religions, chacun de son côté. Ce qui fait que nous sommes presque tous représentants de notre propre contre-culture personnelle.

Serions-nous donc tous hipster, en fin de compte ?

Bonus : et pour poursuivre la réflexion : les hipsters sont-il voués à disparaître ? 

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