D’où viennent les beaufs ?

beauf-cabu

Un déjeuner de boulot classique, tu es avec ton collègue Jean-Jacques au Flunch. Bien que pris par votre débat virtuose, portant sur la dimension lacanienne des émissions de Cyril Hanouna, tu perçois des éléments de conversation de la table voisine, toute occupée à disserter des mérites comparés d’Ayem et Cauet.

Jean-Jacques, remarquant ta fureur grandissante devant cette pollution sonore, te glisse fort à propos : « T’occupe, ce sont des beaufs ».

Beauf ! Ce merveilleux terme, jamais tout à fait défini, qui désigne toute personne un peu trop franchouillarde, pétrie de ses propres convictions, voyant effectivement la curiosité comme un très vilain défaut -voire une maladie mentale-, dont l’horizon se limite à son écran de télévision (et maintenant celui de son smartphone) et à des couvertures de magazine (les lire en entier, c’est pénible, pourquoi pas des vrais livres pendant qu’on y est)…

S’il est malaisé de définir qui est beauf et qui ne l’est pas (on est toujours le beauf de quelqu’un), on peut en revanche déterminer d’où vient le terme. Si comme chacun sait, il s’agit de la contraction de « beau-frère », l’origine de l’entrée du terme dans le langage courant est relativement récente. Actualité oblige, c’est bien sûr du côté de la rédaction de Charlie Hebdo qu’il faut se tourner. Si le type physique est trouvé par Cabu (le moustachu bedonnant), le genre même du personnage, et son titre, est défini par le rédacteur en chef Cavanna : le « beauf' » est celui qu’on cite dans les conversations de bistrots, un espèce d’exemple permanent qui va nous servir de point d’appui dans une conversation:

« Dans ces moments-là, je parlais tout le temps de mon beauf, comme ça, comme on dirait mon frangin (…). Le type avec lequel on regarde le foot à la télé, celui qui vient vous aider à repeindre la cuisine le dimanche, parce que le week-end d’avant, c’est vous qui êtes allé l’aider à bricoler sa voiture. Venant d’un milieu ouvrier, cela symbolisait pour moi les relents de pastis, la pétanque, la connerie morne » (source).

C’est ainsi que le personnage, inventé en 1965, se fixera progressivement au cours des années 70 pour devenir un emblème du travail de Cabu, et, au-delà, un type sociologique.

On notera que Cabu, conscient de l’évolution des moeurs, et de la vulgarité attenante, a fait muté son beauf, via son fils (queue de cheval, mal rasé, bagouses) puis très récemment son petit fils (coupe de cheveux de footballeur, tatouages et téléphone portable).

nouveau beauf

Tu peux maintenant partir au Flunch serein.

J’en profite pour dédier cette tranche de pain dorée, beurrée du bon côté, écrite avec la tristesse républicaine de rigueur, à la mémoire de ce bon Cabu.

Hyper cordialement,

NXF.

 

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