« Métro, Boulot, Dodo », une expression incomplète (suspense)

metro-boulot

Baselines en série :

« Soyez réalistes, demandez l’impossible »,

« C’est fort en chocolat »,

« Sois jeune et tais-toi »,

« Si juva bien, c’est Juvamine »,

« Sous les pavés, la plage ».

Le minimalisme de cette étude comparée suffit à démontrer une chose : l’agité boutonneux de Mai 68 est un publicitaire en devenir.

Les deux énergumènes partagent en tout cas un certain goût pour le recyclage (discret) de slogans. Grand bien leur fasse. Steeve Jobs l’a dit : « Les bons artistes copient, les génies volent » (une citation qu’il avait piqué à Picasso, qui la tenait lui-même de sa tante Véronique).

Il y a cependant un slogan que Mai 68 n’a pas réussi à conserver, le fameux « Métro, Boulot, Dodo ».

Jeunes révoltés devant la Sorbonne

La formule est en effet empruntée à un poème de Pierre Béarn, tiré de son recueil « Couleurs d’usine », paru en 1951. Et comble de l’évidence, la chose est encore plus belle dans son habitat naturel :

« Au déboulé garçon pointe ton numéro
Pour gagner ainsi le salaire
D’un morne jour utilitaire
Métro, boulot, bistro, mégots, dodo, zéro ».

Le lecteur zélé rejettera ici immédiatement le plagiat au motif d’un recopiage parcellaire. C’était sans compter la présence de Pierre Béarn dans sa librairie de la rue Monsieur Leprince pendant les évènements :

« La citation ci-dessous est de moi. Le halo lumineux de cette photo aussi », Pierre Béarn, 1995.

« Je suivais l’évolution de la situation (…) j’avais été hué par les étudiants après leur avoir déclaré qu’ils étaient des gosses de riches et que les ouvriers ne les soutiendraient pas. Ayant moi-même été à l’usine à l’âge de 14 ans, je pouvais en parler en connaissance de cause. A la suite de mon intervention, le poète marocain Khair-Eddine est entré comme un fou dans ma librairie. Il a exigé que je lui trouve un poème pour convaincre les ouvriers de chez Renault de rejoindre le mouvement. Je l’avais sous la main. En l’occurrence, un extrait de mon recueil Couleurs d’usine paru chez Seghers en 1951 ».

(Jacques Pessis et Jean-Claude Lamy, Le Figaro, 13/05/1998).

Bref, comme on disait en mai 68, « l’imagination (re)prend le pouvoir ».

Bisou syndiqué,

Georges.

 Une source et une autre.

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