Mot-dièse, à la défense de la langue de Mo-Lee-Yeah-R

A chaque nouvelle année, je m’amuse à chercher ce qui pourrait rimer avec le nom de celle-ci et qui pourrait la qualifier. 2013 pouvait rimer avec à l’aise, avec malaise, avec ascèse, avec prothèse. Finalement ça sera « mot-dièse », la toute récente traduction pour le fameux hashtag de Twitter, catalyseur de mot-clé déjà débattu en ces murs.

La traduction française du site était déjà en marche depuis plusieurs mois et divisait les utilisateurs, quand la traduction « officielle » de la Commission Générale de Terminologie et de Néologie (La CGTN, également responsable de courriel, ramdam..) est tombée, celle de remplacer le « hashtag » par le « mot-dièse ». L’émoi et les ricanements furent instantanés. Ringard, franchouillard, absurde, inutile, confus furent les qualificatifs que gratifia l’Internet à cet innocent terme, qui du reste n’apparaît nulle part sur le site. Pourquoi, d’ailleurs ?

Le mot hashtag, après tout, est parfaitement moche. On dirait un nom de prière kabbalistique juive d’époque pré-jésus. En plus de ça, ça n’a pas vraiment de sens, hash, voulant dire croisillon, tag voulant dire mot-clé, soit simplement la traduction nominale de ce qu’on voit sur l’écran… comme son équivalent français. De toute façon, avant qu’LCS ne fasse un article dessus, personne ne savait à quoi ça correspondait. Ok, je blague.

Serait-ce du à notre flemme légendaire ? Depuis des années maintenant, plus personne ne prend la peine d’adapter les termes anglophones. L’internet à haut-débit n’a pas arrangé les choses. On peut tout à fait dire qu’on a liké l’udpate des news, qu’on a fait un top five de ce qui va arriver sur le cloud, que cette chemise a une coupe fit, que vos sneakers ont un shape parfait, et vous pourrez vous faire comprendre de vos concitoyens, ou presque.

mot-dièse-toubon

Remember Me ?

Vous allez me traiter de vieux con. Vous avez raison sur ces deux points. Simplement, l’histoire se répète. Un jour, un homme chauve s’est dressé contre l’anglicisation de la langue française. His name was Jacques Toubon. Il était ministre de la culture et de la francophonie et maire du XIIIeme arrondissement. L’histoire retiendra que j’ai chanté un truc sur les Juifs devant lui dans la cour de mon école. En 1992, inquiet de l’invasion galopante de l’anglais dans le vocabulaire des jeunes céfrans (on appelait ça le « franglais »), JT (comme Justin Timberlake) fit passer deux lois phares. L’ une qui porte son nom (affectueusement renommée « loi Allgood » par ses détracteurs), et qui vise à limiter l’emploi de l’anglais à la télévision à la radio (Ariane, Jacky et Dorothée furent obliger de dire « émetteur-récepteur » au lieu de Talkie-Walkie lors des jeux du Club Dorothée, et Thierry et Jean-Michel durent dire coups de pied de coin et coup de pied de réparation à la place de « corner » et « pénalty »), et qui fut sensiblement édulcorée par la suite (sinon Yann Barthès serait toujours stagiaire).

L’autre, toujours active, la no 94-88, qui impose aux radios de diffuser au moins 40 % de musiques françaises, sans laquelle nous n’aurions jamais vu éclore Grégoire, Zaz et Bénabar. Zut. Toujours est-il que cet homme, malgré tous ses défauts, avait raison sur un point : il est nécessaire de défendre la langue de notre pays, vu que c’est à peu près la seule chose formidable. Rappelons que nous sommes le pays des écrivains, qu’on a eu Camus et Roland Barthes, pendant qu’aux Amériques ils avaient Bob Dylan(1) (rires très forts). Après tout, on n’a pas inventé l’exception culturelle uniquement pour vendre du vin hors de prix à des chinois qui ne savent pas faire la différence entre un Romanée-Conti et un reliquat de tuberculeux.

N’oublions pas que l’anglais est aussi cette langue idiote qui considère que Dick est le diminutif de Richard et Jack de John. Dans ce cas-là, je ne vois pas pourquoi ils n’ont toujours pas remplacé « hello » par « kowabunga ». Convenez- que la vie en serait plus belle. L’autre argument voudrait que cette adaptation éloigne de l’esprit original de Twitter. Avec un site qui existe depuis sept ans et son hashtag qui s’est démocratisé depuis trois ? Je veux bien que les modes et les cultes apparaissent et disparaissent à la vitesse de boutons acnéiques, mais tout de même. Derechef, rires très forts. Soyons honnêtes, ce site aura probablement disparu dans les 5 ans à venir, quand Justin Bieber sera mort du dass et que Google, Apple et Facebook (si ça existe encore), seront lassés de partager la revente de nos données personnelles avec un tiers, et auront créé leur propre plate-forme de micro- blogging (si j’étais cohérent, je renommerais ça le « mini-journal-virtuel »).

Alors ne nous froissons pas les parties privées pour une simple adaptation langagière, qui vous permettra enfin de parler Twitter avec votre Mémé. Poil-au-nez. (Comme votre Mémé). Allez pour une fois, soyons hipster pour une bonne raison, et cultivons notre différence. Parce que la différence, c’est ce qui fait de nous des individus. C’est ça la gauche consciente, baby.

(1) Ceci est un troll massif et assumé. Tout commentaire vindicatif à ce propos se verra répondre d’un vtff.

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