Le Dahlia Blanc : une enquête sur la Piémontaise

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Des patates, des cornichons, du jambon, des tomates et des œufs durs. Ça me rappelle le bon vieux temps des planques au service des mœurs. Le tout nappé par une mayonnaise plus blanche que le slip de Monsieur Propre. Mais, au fait, pourquoi PIÉMONTAISE ? J’ai enquêté pour vous.

Je pris mon chapeau et mon pardessus en sortant de mon appartement insalubre du centre de de la ville qui me servait également de bureau quand je faisais mes enquêtes. Ma première intuition était bien évidemment que le Piémont, région du Nord de l’Italie toute proche de la France, était à l’origine de cette entrée que l’on trouve pourtant sur tous les marchés hexagonaux. Après plusieurs nuits à essuyer mes poings sur de la racaille dans quelques bouges des ghettos de la ville, force était de constater qu’aucun habitant de cette région du nord de l’Italie ne semblait être familier de la salade qui portait néanmoins leur nom. Tout ce que j’appris, c’est qu’ils avaient un plat qui ressemblait fort à la salade de mon enfance qu’ils appelaient « salade russe » et que je commençais à me faire vieux pour ces virées nocturnes à castagner des raclures écervelées sous les néons jaunâtres des bars à billard pour malfrats. Cela faisait déjà des nuits que j’enquêtais et toutes les portes se refermaient devant mes tentatives pour avancer dans cette affaire…

Finalement, lors d’une nuit plus froide que les précédentes, alors que j’étais allongé dans mon lit à fixer la moisissure de mon plafond, une percée se fit dans le nuage épais de cette enquête. Je décidai alors de relancer mes recherches sur un tout autre terrain. J’avais dans mes relations un cuisinier de la mafia que j’avais foutu au bercail. Francesco m’était toujours redevable pour lui avoir trouvé des oranges de Sicile et du pesto de Gênes pour préparer le repas d’anniversaire du Parrain derrière les barreaux. Je voulais le sonder sur la recette de la salade pour trouver dans sa logorrhée de junky des éléments qui m’indiqueraient une origine à cette satanée salade…

Ça y est, je tenais une piste ! Ce génie maudit de la cuisine m’avait rencardé. La salade aurait selon lui des origines françaises mais aurait fait son apparition à l’occasion d’un dîner organisé pour le Tsar de Russie pas loin de la frontière Suisse. Juste avant de calancher, emporté par une énième crise de manque, il me balança même le nom d’un indic’ qui pourrait m’en dire plus : le Belge. Il fera des lasagnes en enfer ce beau salaud, j’espère que là bas au moins, il n’aura plus besoin de brader son talent pour payer ses doses…

Une bouteille de whisky, des dizaines de cigarettes et une nuit dans la lumière tamisée de mon appartement à tourner des pages de rapports de police m’ont permis de retrouver la trace de ce belge. Il se dit le descendant de Lucien Olivier, chef de cuisine russo-belge qui aurait servi cette salade aux plus grands dirigeants russes dans un restaurant du centre de Moscou. Je retrouvai sa trace dans une maison de retraite de la banlieue pavillonnaire de la ville. Quand j’arrivai là-bas, je découvris un vieux fou rabougri en train de feuilleter des revues de cuisine.

Ses paroles n’avaient aucun sens, il ne s’exprimait qu’en recette de cuisine. À l’écoute du nom de son prétendu ancêtre, il marmonna la recette de la Piémontaise. Ma surprise fut grande quand je m’aperçus que la salade dont il parlait avait plutôt l’air d’une macédoine. « 300g de carottes, 100g de petits pois, 150g de haricots verts équeutées… ». Retour à la case départ ! Ou alors… Mais, bien sûr !

La recette de la « salade russe » (en italien et en espagnol), appelée aussi « salade Olivier » en anglais est en fait assez proche de la macédoine que l’on sert en France. À ne pas confondre avec la « macedonia » italienne qui est en fait, une salade de fruit… je me perds, trop de whisky, pas assez de sommeil, je tourne en rond, je tourne en rond… tout ceci n’a aucun sens.

Les mots de Francesco me frappaient désormais en plein visage tel les vents d’hiver s’engouffrant dans les petites ruelles de cette ville de pêchés. Un repas diplomatique organisé par un chef italien en l’honneur du Tsar… Voilà ! C’est ça ! Le chef a adapté la recette d’un classique russe avec des produits de son territoire. Exportée une fois de plus par un diplomate épicurien français, elle aura été adaptée au goûts et aux produits français et renommée en fonction du lieu ou elle a été goûtée la première fois.

Ça y est, je peux enfin dormir sur mes deux oreilles, j’ai percé un des secrets culinaires les mieux gardés de ces 100 dernières années. Tel un Pitbull énervé, je n’ai jamais lâché ma cible du regard. Je peux enfin éteindre la lumière tamisée de ma chambre et ranger les recettes de cuisine et rapports de police dans un dossier fermé. J’aurai cassé quelques mâchoires et perdu un compagnon de route dans cette enquête. Cette belle fripouille servira certainement les meilleures boulettes de viande du paradis.

Allez, encore une rasade de whisky et au lit !

Pan !

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