Le string, de l’antiquité à nos fesses

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De l’Amazonie aux plages de Rio, de New York à Paris, du cache-sexe au montre-fesses, l’histoire du string est aussi celle de la femme moderne, dans ses combats et ses paradoxes.

Pratique, discret et confortable. Trois mots qui, selon la majorité des femmes interrogées sur tweeter par Le Zéphyr, qualifient le string.

Ce « petit slip » à « cordelette qui laisse les fesses visibles à l’arrière » – comme l’écrivent les auteures des « Dessous Féminins » – n’aurait-il donc plus rien de sexy ? Ce dessous, dont les origines restent floues, après avoir longtemps été un tabou, après s’être presque imposé en totem de la féminité, ne serait-il aujourd’hui plus qu’un simple bout de tissu ?

Le cache-sexe de l’homme antique

À l’origine, le string est une forme rudimentaire de cache-sexe masculin. C’est par cette fameuse ficelle, qu’aux quatre coins du monde antique, les hommes d’Amazonie, de Grèce, d’Égypte, du Japon et d’Afrique maintenaient leurs étuis péniens.

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Une théorie confirmée par l’indien zarbi à moitié à poil

Ce statut de slip antique universel est notamment confirmé par la découverte du corps du mystérieux Ötzi, « momie des glaces » âgée de plus de 5000 ans découverte en Autriche, revêtu d’un string « dans une peau de chèvre domestique », décrivent les archéologues menés par Rainer Henn.

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Ötzi, l’homme qui inventa le dab

1930′ : cache-sexe pour strip-teaseuses new-yorkaises

Dans « Striptease: The Untold History », Rachel Shteir décrit comment Fiorello LaGuardia, le Maire conservateur et hygiéniste du New-York des années 1930, profita de la prohibition pour déclarer la guerre aux boîtes à danseuses.

Mais, rattrapé par les conséquences de la grande crise économique débutée en 1929, l’édile adoucit sa position. Il prêta enfin l’oreille à ceux qui, à l’instar du directeur de théâtre Thomas Philips, se demandaient « ce qu’il adviendrait des employés de ces cabarets ? Les filles devraient-elles se prostituer et les hommes devenir des voleurs ? ».

En 1939, il finit par trancher : les danseuses de cabaret « burlesque » couvriront leur intimité d’un tissu… mais garderont les fesses nues, histoire de ne pas tuer le business. « Clean entertainment pays »* déclarera-t-il à la presse.

Le pole dance des années 30, sans pole, mais avec un string

Brasilia, 1940 (?)

Martha, brésilienne et ancienne professeure de danse émigrée à Paris, nous a conté la légende d’une baigneuse de Rio au fessier rebondit, qui, rêvant d’un bronzage parfait, découpa les bordures de son Tanga – slip brésilien –, le tout ne tenant plus qu’à un fil.

« Pour les brésiliennes, le bronzage est aussi important que les bijoux. Il doit être parfait. C’est une obsession », avoue-t-elle, pour expliquer que (toujours selon la légende) cette ingénieuse baigneuse soit devenue millionnaire en quelques jours.

Un conte de fée(sse) pas si éloigné de la réalité. Ainsi, David Abiker narre-t-il dans un de ses succulents billets avoir « connu deux sœurs à Rio, l’une vendait les strings, l’autre pratiquait l’épilation. Les sœurs Suza, Gladys et Pignella. On les appelait les sœurs ficelles. Tu choisissais ton string chez la première et la seconde te faisait le maillot en conséquence ».

1970’s : l’uniforme des strip-teaseuses

Dans leur ouvrage Les Dessous Féminin, Muriel Barbier et Shazia Boucher regardent les années 70 comme « une période de disgrâce pour la lingerie, où seuls les sex-shops vendaient de la lingerie sexy ». Bref, le string est alors l’uniforme de travail des strip-teaseuses et de certains mannequins. « C’est en partie par le biais de ces sex-shops que la lingerie va débuter sa reconquête », ajoutent-elles.

En effet, le strip-tease et le mannequinat sont deux professions ayant, malgré elles, en commun une mise en commerce des attributs féminins. Le string aurait donc pénétré notre civilisation comme en tant que « packaging » du corps des femmes ? « Soyons clairs, affirme Michèle Marbo du haut de ses 60 ans de militantisme féministe ; même après 68, porter ces machins, c’était passer pour une putain ».

On comprend que le string resta longtemps confidentiel, cantonné à quelques rares catalogues de lingerie. « Depuis des siècles, les religieux disent aux hommes, et surtout aux femmes, de cacher ce corps qu’ils ne sauraient voir », ajoute Michèle, puisant dans son passé de psychologue clinicienne. Une analyse confortée par celle de Denis Bruna, dans son introduction au bel ouvrage Tenue Correcte Exigée : « le vêtement est, dans notre culture judéo-chrétienne, la conséquence du péché originel (…) l’habit donné par Dieu à Adam et Eve avant leur exclusion du Jardin des délices ». Interdit, donc, de se dévêtir, sous peine d’aller contre la volonté qui nous a vêtu.

Mais voyant ces mœurs s’effriter à la suite des turbulences de l’année 68, ressenties en Europe comme aux États-Unis, la marque de lingerie Aubade se risqua à jouer l’audace, osant des publicités provocantes et avant-gardistes, où le dessous ne cache plus le « nu », mais le met en valeur.

La fameuse « page des culottes »

1980 : le string libère la femme

Dans son livre « Plaisirs de Femmes », la créatrice de mode Chantal Thomass évoque les « transparences sensuelles » que dévoilent les sous-vêtements féminins modernes. Elle raconte aussi la révolution féministe portée par les dessous, et, notamment, l’utilisation de matières jusqu’ici réservées aux hommes, comme le coton. Le string libère la femme, pourrait-on dire.

D’autres stylistes issus du monde du prêt à porter, comme Emmanuelle Kahn, chercheront à provoquer un « renouveau de la lingerie de séduction », lit-on dans Les Dessous Féminins. Il faut y voir l’influence de Frederick Mellinger, inventeur du soutien-gorge push-up. Ce fut, en effet, le premier à comprendre que la femme des années 80′ « souhaite des articles séduisants, sans renier nullement au confort ni au bien être », écrivent Muriel Barbier et Shazia Boucher.

Désormais, porter un string ne veut plus dire « regardez mes fesses », mais « je suis libre », analyse Michèle Marbo. Et, dans sa Grande Histoire du Bikini, Patrick Alac ira jusqu’à parler de « l’expression de cette nouvelle culture du corps ». Le string devient alors un symbole de la femme moderne qui assume sa sensualité.

Car dans le vêtement moulant, là où la trace de couture d’une culotte se fait disgracieuse, le string ne trahit pas sa présence. La marque Sloggi parlera d’un « effet seconde peau ». Effet qui permet enfin aux femmes libérées de jouer les sans-culotte.

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Pour Yannick, tout va bien…

C’est ainsi que le string devint un paradoxe : invisible, ce dessous minimaliste et pratique, procure à celle qui le porte un sentiment de liberté ; mais, si, par malheur, il devait dépasser du jean talle basse et devenir visible de tous, il ferait tomber sa porteuse dans le comble du vulgaire. Du coquin à l’obscène, il n’y aurait qu’un fil qui dépasse.

1990 : le totem tabou

« Le string s’est démocratisé parce qu’il est pratique », explique Tanissia Issad pour Grazia. Mais s’il est devenu incontournable, n’est-ce pas parce qu’il est sexy ?

En discrète progression, à partir des années 1980, le string devient un best-seller à la fin des années 90′, avec les campagnes de pub érotico-trashs menées par Dim et Aubade. « Les stratégies de vente justifient et encouragent [un] exhibitionnisme autrefois prohibé », écrit Patrick Alac.

C’est le retour de l’homme, vicieux voire libidineux, incarné par quelques rappeurs en mal d’affection, comme Sisqó, dont le clip de sa Thong Song (la chanson du string) fait scandale. Dans le même temps, le monde assiste au feuilleton de l’affaire Monica Lewinsky, suspectée d’avoir séduit le Président en lui offrant son string.

Le string se fait alors hybride, à la fois totem et tabou, accessoire de tous les jours et dessous sexy des grandes occasions, sous-vêtement et lingerie fine, un fantasme banal, prenant des airs de fausse naïveté.

L’engouement est tel que les strings représentent, selon Émilie, vendeuse chez Eram, 7 ventes sur 10 en boutique. On trouve d’ailleurs des strings pour toutes les fesses : classique, ficelle, barrette, etc… « On voit souvent des mères venir acheter un beau string à leur adolescente, raconte Émilie, par ailleurs étudiante en histoire de l’art. J’ai l’impression qu’en faisant cela, elles veulent dire à leur fille : tu es une femme maintenant. C’est une forme de rite de passage à l’âge adulte. Il y a les premières règles… et le premier string ».

Le string redevenu un objet du quotidien n’aurait-il donc plus rien de scandaleux ? Difficile à croire. Simone de Beauvoir n’écrivait-elle pas que « ce qu’il y a de scandaleux dans le scandale, c’est qu’on s’y habitue » ?

Alors sur les plages, n’oubliez pas de vous crémer l’arrière-train !

Jacques

* Le divertissement propre, ça rapporte !

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