Bobby Womack, l’une des dernières légendes de la soul.

Bobby Womack est un monstre de la soul. Sa voix éraillée et son jeu de guitare confèrent à son oeuvre une teinte blues assumée. C’est d’ailleurs par là que Bobby a commencé.

Bobby est un écorché vif. Il faut dire que la vie ne lui a pas toujours fait de cadeau. Mais il a toujours su sortir la tête de l’eau. Pas facile, quand on a grandi dans la misère et que l’on vit dans l’ombres de petits jeunes que l’on a influencés. 

Des exemples ? En 1964, les Rolling Stones entrent pour la première fois dans charts avec It’s All Over Now, une reprise de Womack (et de son groupe, les Valentinos).

Plus tard, en 1975, George Benson (l’auteur de Give me the Night) obtient un énorme succès avec Breezin, un morceau composé…par Womack, popularisant par la même occasion le Smooth Jazz.

http://www.youtube.com/watch?v=5QjTK0pL1go

Mais on ne va pas plaindre ce bon vieux Bobby. Même si on a le sentiment que quelqu’un lui marche en permanence sur les pieds tant sa voix est torturée, il connaîtra le succès à (sur) plusieurs reprises : à la fin des années 60, il reprend Fly Me to the Moon et California Dreamin, dans des versions qui n’ont pas à rougir face aux originales.

LE Tube de Womack

Puis, en 1971, c’est la consécration : comme beaucoup d’artistes de l’époque, il signe la Bande Originale d’un film de Blaxploitation : Across 110th Street. Le morceau éponyme, un portrait utltra-réaliste et très personnel de son enfance à Harlem, sera repris par Quentin Tarantino dans le générique de Jackie Brown et plus récemment par Ridley Scott pour illustrer la propagation de l’héroïne dans American Gangster. Cette puissante soul-funk, directe et engagée reste emblématique de l’Amérique noire des 70s. Et puis, il y a les violons. Beaucoup de violons. Lorsqu’ils s’envolent à la fin de chaque refrain, on a presque envie d’aller rejoindre la ligue des droits civiques.

Ensuite ? Quelques succès, pas mal de drogues, et un Bobby qui ne fera plus parler de lui pendant un bon bout de temps.

A New Hope

En 2010, le groupe Gorillaz le déterre et lui offre un featuring dans le morceau Stylo. Le public (et les jeunes) redécouvre Womack, sa voix, sa pêche.

Deux ans après, Bobby s’entoure de Damon Albarn (compositeur et chanteur de Gorillaz) et de Richard Russell pour sortir son 27ème album.

Dans l’ensemble, le disque se laisse écouter et quelques morceaux, tels que Please forgive My Heart, Deep River ou encore Dayglo Reflexion avec Lana del Rey sont largement au dessus du panier. La production se veut, contrairement à l’oeuvre de Womack, très minimaliste, voire froide. Faire chanter Womack sur des arrangements qui flirtent avec l’electro était un pari risqué mais réussi dans l’ensemble.

Alors oui, The Bravest Man in the Universe tranche radicalement avec ce à quoi nous avait habitué Womack. Mais soyons lucides : s’il avait produit l’album à la mode d’il y a 40 ans sans faire appel à des pointures contemporaines, nul doute qu’il serait passé inaperçu. Être produit par Damon Albarn confère une sacré visibilité. Même si le mélange de blues et l’électro peut créer un certain malaise, l’album est globalement honnête et se paye même quelques moments de bravoure.

Peur pour Bobby

Le Duo Albarn-Russell avait produit I’m New Here en 2010, un album comeback de Gil Scott-Heron, le papa du spoken word et du slam, qui est décédé un an après. Sachant que Bobby Womack lutte actuellement contre un cancer du colon, espérons qu’il ne subira pas le même sort..

[EDIT] Bobby souffrirait malheureusement de la maladie d’Alzheimer. [EDIT] Repose en paix, Bobby.

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Quoi qu’il en soit, Bobby Womack est un artiste à écouter les yeux fermés si vous aimez la soul, la funk et le blues.

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