Vaporwave : le jour où je suis devenu un connard de hipster des internets

vaporwave

Il arrive parfois de faire des découvertes incroyables sur son mur Facebook.

Entre un post qui m’annonçait que la France allait (encore plus) mal et un autre qui devait probablement me présenter le dernier gadget à la con sponsorisé par TF1 Minutebuzz, je vis un jour apparaître un post qu’avait aimé notre Georges national, et provenant d’une page liée aux mèmes des internets.

Le post en question contenait cette vidéo :

Et grâce à ce funk ralenti à mort (il s’agit à la base d’un morceau de Diana Ross) qui me prit complètement aux tripes, je découvris ainsi le fameux Vaporwave.

Mais alors qu’est ce que c’est  ?

« Sans doute un truc de hipster dont personne se souviendra dans 2 ans », me répondront probablement les plus rageux d’entre-vous.

Pour le coup, je ne peux pas prédire l’avenir, mais le mouvement semble avoir suffisamment d’emprise sur les milieux des internets pour ne pas tomber dans l’oubli. Pas sûr qu’il gagne le grand public néanmoins.

Je vais essayer d’être bref, déjà parce que Le Toaster n’est pas Wikipédia, et ensuite parce que c’est un sacré foutoir. En effet, comme beaucoup de cultures underground, le Vaporwave est très codifié et j’avoue moi-même ne pas toujours en comprendre tous les délires.

À l’origine : le Varporware

Le Vaporwave est une déformation de Vaporware. On parle de Vaporware dans le domaine de l’informatique pour désigner des produits qui sont annoncés au grand public, qui ne sont jamais sortis mais qui n’ont pas été annulés pour autant. Un des exemples les plus parlants est le fameux Half Life 3, toujours pas sorti mais pas pour autant annulé, ou encore Duke Nukem Forever, qui est resté à l’état de Vaporwave durant 16 longues années.

Le genre se définit ainsi comme une sorte de produit jamais vraiment annoncé, et jamais vraiment distribué (enfin si, mais jamais commercialisé). Sur fond d’anticapitalisme, puisque si l’on en croit certains forums, le Vaporwave serait du « Chillwave pour les Marxistes », ou encore de la « corporate smooth jazz Windows 95 pop » (je n’invente rien).

Bien qu’il s’agisse avant tout d’un courant musical, il est bien entendu accompagné d’Artworks complètement barrés mélangeant  aussi bien la culture des mèmes, un goût prononcé pour la décennie de Wham!, des graphismes et des sonorités japonisants, des références au glitch art et à la mauvaise qualité des VHS et un attrait pour les sculptures antiques. A ne pas confondre avec le seapunk, qui lui fait plutôt l’apologie des visuels de dauphins en 3D dégueulasse des années 90.

vaporwave-artwork

L’apologie des eighties et de la culture doudou

Si l’ensemble paraît plus qu’étrange et indigeste sur le papier, c’est bizarre, mais la mayonnaise prend. Et en isolant chacun de ces éléments, il en ressort une ligne directrice : le réconfort. Pour preuve :

les mèmes et le glitch art : des éléments sous-culture (hyper)codifiés qui donnent la sensation d’appartenir à une même tribu

les années 80 – début 90 : une période qui est vue comme un paradis perdu, période d’insouciance, un peu comme ce qu’étaient les années 70 pour les nostalgiques dans les années 2000. Et le phénomène touche aussi bien la musique (retour en masse de l’electro-funk), le jeu vidéo (les jeux en pixel art, les jeux ultra-référencés tels que Hotline Miami ou Far Cry Blood Dragon) , et les films et séries (Stranger Things notamment, ou le très marrant Kung Fury). Je te conseille le très bon BITS qui traite du sujet.

le Japon : une culture lointaine, exotique, flashy, et l’un des berceaux de la culture geek

les sculpture antiques : quelque chose d’intemporel, tout simplement.

Il suffit par exemple de regarder ce clip qui dégueule l’insouciance des années 80, savant montage de publicités Japonaises pour soda.

On te sample un morceau d’Hiroshima (un groupe de fusion américano-japonais) et on te montre une époque où Arnold faisait de la réclame pour du Soda au pays d’Hideo Kojima, où tu pouvais plagier Michael Jackson sans problème, et où tu pouvais boire du Coca tout sourire sans qu’on te dise que tu vas devenir obèse et que « OH MON DIEU REGARDEZ COMMENT LE CORPS HUMAIN RÉAGIT 15 MINUTES APRÈS AVOIR BU CE POISON ».

Et c’est très réconfortant, c’est un pur effet doudou.

Le Vaporwave m’a également permis de prendre conscience de l’ampleur qu’avaient le Funk et le Jazz fusion au Japon, à la fin des années 70 et dans les années 80, avec des grooves qui n’avaient pas à rougir face à leurs homologues américains. Mais américains comme japonais, ces morceaux se sont retrouvés abondamment samplés, ralentis, dégradés, triturés par les artistes de Vaporwave.

Une dégradation du son pour une nouvelle dimension

En effet, le genre se veut artisanal : loin des grosses productions et de leurs moyens colossaux, les artistes de Vaporwave utilisent des logiciels gratuits tels qu’Audacity, ou des logiciels peu coûteux et faciles d’utilisation comme Sound Forge ou Ableton Live.

Et pas besoin d’être un expert pour se rendre compte que les samples sont maltraités. On sent que la tonalité à été modifiée à la truelle, tout comme le tempo : le son, ainsi dégradé, confère une toute nouvelle dimension au morceau d’origine. Un morceau à l’origine dynamique va alors donner l’impression de se promener sous codéine. Ce qui semble être l’effet recherché, puisque dans les commentaires des morceaux originaux utilisés par les artistes de Vaporvawe, on peut lire de temps à autres : « Too Fast ». Si tu tombes dessus, tu sauras pourquoi ! Sans compter les multiples références au chiffre 420, « le nombre préféré des fumeurs de weed » (on y reviendra).

Du coup, le culte « Tropique » de Muriel Dacq devient un trip Smooth Jazz un poil flippant, qui pourrait avoir sa place chez David Lynch.

 

En parlant de David Lynch, les derniers teasers de la saison 3 de Twin Peaks, dévoilaient justement un thème qui semble avoir subi un traitement similaire, le rendant encore plus inquiétant

Néanmoins, en conclure que le Vaporwave a eu une influence sur Angelo Badalamenti, le compositeur du thème, serait un poil risqué.

Génération A E S T H E T I C S

Mais alors qui sont ces Macintosh Plus, Saint Pepsi et autres ‘マクロスMACROSS 82-99’ ? Des artistes nés dans les années 90 et qui n’ont connu les années 80 qu’à travers les symboliques la pop-culture ou les souvenirs de leurs parents. Une génération qui se forge donc un paradis perdu fait de néons, de détournements de boites de logiciels façon Windows 3.5. Et qui se ré-approprie l’Esthétique (dans le sens philosophique, à savoir la science du beau) sous la forme  A E S T H E T I C S pour qualifier ses Artworks acidulés.

Pas facile en effet d’avoir la vingtaine dans les années 2010 : entre les menaces terroristes, le réchauffement climatique, le chômage et autres joyeusetés, il est donc plus que tentant de se rouler sous la couette en s’empiffrant de pop-culture façon années 80.

Pour finir

Le Vaporwave continue de me fasciner : il ne se passe pas une semaine sans que je me rende dans ma playlist « Vaporwave Stuff » pour me balader l’espace de quelques heures dans un monde sous acide, parfois flippant, souvent funky, peuplé de musiciens japonais inconnus au bataillon, ou exhumant des titres moins connus d’artistes américains.

Le mouvement va-t-il durer ou se transformer ? Seuls les internets et leur capacité à oublier le savent.

Prends soin de toi,

Des bisous sous codéine,
LCS 

, 2 Commentaires

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  • Thomas Meslier

    Top merci pour cet article, j’ai découvert la Vaporwave totalement par hasard grâce à la radio youtube CHILL RADIO  24/7, et depuis je n’écoute que ça… en espérant que le genre va continuer de nous sortir des titres de qualité, et merci pour la découverte de Saint Pepsi !

    • Oui, et ensuite c’est un piège sans fin…..car la City Pop et le Chillwave ne sont pas loin 😉