Warren G et Nate Dogg : le mythe Regulate

On continue sur la G-Funk, avec un hommage à THE Monument : Regulate.

Effectuons tout d’abord un retour en arrière. En 1994, la G-Funk est en plein essor. Le monde se remet à peine de la claque portée par Dr. Dre avec son album « The Chronic », que Warren G s’y met, et nous offre une perle : « Regulate…G-Funk Era ». 12 morceaux gorgés de soleil, de californie, de gangstas..de bonheur, parmi lesquels le fameux « Regulate », qui fait l’effet d’une bombe. Contrairement aux productions de Dre ou de Snoop Dogg, qui présentaient des sons saturés et une rythmique « crado », Warren polit les sons, adoucit les lignes, n’hésite pas faire rejouer des parties entières par des musiciens de studio, pour accoucher d’une G-Funk très soft, proche de la soul. Regulate en est le parfait exemple.

Funk on a whole new level

On a beau chercher des défauts à Regulate, il est difficile d’en trouver. La production est impeccable et d’une simplicité (en apparences) sidérante. Faire tourner la même boucle pendant plus de 4 minutes sans lasser l’auditeur est un art dans lequel Warren G excelle. Trouver le bon sample également. Pour ce titre, il est allé piocher dans l’introduction de « I keep forgetting » de Michael Mc Donald, que je vous laisse le soin de découvrir.

Pas grand chose à ajouter, si ce n’est que la basse et la rythmique ont été boostées, et le tour est joué ! Quand à la mélodie « sifflée » durant l’introduction, elle vient de Signs of the Time, de l’excellent Bob James.

Et Nate Dogg dans tout ça ? 

J’y viens. Regulate repose sur l’alternance entre les passages de rap, assurés par Warren, et les passages chantés, au cours desquels Nate Dogg donne une belle leçon d’humilité aux apprentis-chanteurs. Je n’étais pas vraiment fanatique de ces passages aux premières écoutes, les trouvant simplistes et répétitifs, avant de réaliser que c’est justement leur force.

J’évoquais dans l’article précédant  la faculté impressionnante de la G-Funk à aborder des choses horribles sur un ton décontracté. Et bien Regulate ne déroge pas à la règle. Car loin de l’apologie d’une ville ou d’un quartier, l’histoire est bien sombre. Le pitch : Warren G, suite à un pari avec des monsieurs pas très cools, se fait dépouiller puis menacer de mort. Pendant ce temps, Nate Dogg voit son attention attirée par un groupe de jeunes femmes, mais il arrive à temps pour tuer les vilains (to regulate signifie en effet « faire justice soi-même »), récupérer Warren et les filles au passage et terminer dans un motel. Charmante soirée ! Le morceau nous plonge en effet dans une ambiance à mi-chemin entre le sentiment de solitude la nuit, dont émane une certaine mélancolie, et la chaleur suintante de Longbeach.

Ecouter Regulate, c’est savourer un verre de 12 ans d’âge, se délecter d’un havane, lire un article sur Else et Esse…bref, une expérience incroyable.

En l’espace d’un morceau, Warren G et Nate Dogg ont confirmé qu’ils méritaient leur place au panthéon de la G-Funk. Seul bémol ? Après un tel chef-d’oeuvre, difficile de faire aussi bien. Et les bougres n’y sont jamais vraiment parvenus. La solution ? Se passer en boucle l’album « Regulate…G-Funk Era » et se dire….qu’il n’y a vraiment rien à redire !


Nate Dogg est décédé le 17 mars dernier, dans des circonstances toujours inconnues, mais il semblerait que ses deux crises cardiaques successives en 2008 et 2009 aient eu raison de lui. Il était davantage à l’aise avec le chant (avec un débit somme toute assez impressionnant) et on parle en rap de « refrain à la Nate Dogg » lorsqu’il s’agit de doubler, voire tripler sa voix et de terminer ses phrases par une une descente chromatique, tout en parlant d’argent, de drogue ou de filles. Le tout sur un ton extrêmement suave…

Pour conclure, je vous propose de revenir sur un autre morceau qui a contribué à faire entrer Nate dans la légende :

Snoop Dogg : « Ain’t No Fun » (avec Nate Dogg, Kurupt et Warren G)

Si vous n’en avez pas eu assez, voici deux autres titres :

I got Love : 

The Hardest Man In Town : 

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