Cinquante nuances de caca

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Il est sorti, tout le monde en parle, et la vue de certains posts Facebook m’a franchement donné envie de vomir.

Fifty Shades of Grey est dans les salles, accompagné d’un rabattage marketing impressionnant. En clair : on ne peut pas le rater, à moins d’être ligoté dans une cave, à l’image de cette pauvre Anastasia .

Si la saga, adaptée aujourd’hui à l’écran est un succès planétaire, revenons aujourd’hui à ses origines. Écrit par EL James, il s’agissait avant tout d’une fan-fiction basée sur …Twilight. UNE FAN FICTION DE TWILIGHT, les enfants. Les fan fictions, dont la qualité est souvent variable, font vivre aux personnages d’oeuvres célèbres des aventures et histoires parallèles : ainsi, Fifty Shades of Grey, publié à l’origine sur fanfiction.net, portait à l’origine le nom de Master of My Universe. Rien à voir avec l’épique chanson de Queen, malheureusement.

Ici, il est tout juste question de relations BDSM entre les deux personnages de la saga Twilight, Edward et Bella, avant d’être renommés Christian et Anastasia, pour des raisons évidentes de droits d’auteur.

Nous sommes donc ici face à un détournement de roman pour ados, version « attache-moi au radiateur ».

Sauf que si cet énoncé peut porter à rire, Fifty Shades of Grey est tout sauf amusant  :

– les relations BDSM sont codifiées, et reposent sur le consentement mutuel. Christian Grey fait signer à Anastasia un contrat, mais sans aucune limite fixée. Ainsi, à plusieurs reprises, notamment dans les tomes 2,3 et 4, il ne s’arrête pas malgré le fait qu’elle utilise le safe word (ce mot qui sert à dire à l’autre de VRAIMENT s’arrêter, en l’occurrence le mot « rouge »). A ce stade, on appelle ça du viol, et même les adeptes du BDSM vous le diront.

– le film est interdit aux moins de 12 ans en France. On va donc laisser des hordes entières de filles de 13 ans voir un film selon lequel c’est super cool d’avoir son PREMIER rapport sexuel en mode BDSM avec un type qui n’a aucune limite.

– et on voudrait faire passer ce mec comme le preux chevalier qui vient décoincer la ménagère frustrée de 45 ans, comme un type bien qui vient mettre du piment dans les vies sexuelles fades.

Soit il y a un problème, soit je suis déjà un vieux réac. Pour autant, je ne suis habituellement pas le premier à venir jouer les féministes effarouchées, mais voilà, Fifty Shades of Grey m’alerte. Il m’alerte sur les limites d’âges au cinéma et m’alerte sur les conséquences d’une telle œuvre . Il y aura bien quelqu’un pour me répondre que les films d’action que je chéris tant proposent au spectateur de voir des héros empiler les cadavres durant 1h30, et que cette violence s’est banalisée.

Certes, sauf que généralement, le film amène l’idée que ce n’est pas bien de tuer, que l’on est puni pour cela, et que la violence nous revient toujours à la gueule d’une manière ou une autre (traumatismes, revanches, karma, mourir comme une merde dans un bassin sous une statue « the world is yours », etc.).  Ici, on laisse un type aux tendances psychopathes faire à peu près ce qu’il veut, sans remettre en question ce qu’il fait, et c’est peut-être bien ça, le problème : offrir au public une oeuvre qui se content de relater de manière brute des actes sans aucun traitement critique. Cela me rappelle, dans un genre complètement différent, Pain & Gain : au delà du fait qu’il s’agisse d’une histoire vraie (ce que le réalisateur, Michael Bay, ne manque pas de rappeler toutes les 15 minutes), le film ne portait aucun autre regard sur les actes horribles de ses personnages. Pire, il parvenait même à les rendre sympathiques. La tendance est certes aux anti-héros, marginaux et autres borderlines, mais l’histoire nous a prouvé que l’on peut porter à l’écran des personnages réalistes, méchants, arrogants, fous, sans pour autant que le public ne fasse leur apologie.

Me reste à aller voir le film (on peut être masochiste de différentes manières) qui serait paraît-il, assez mauvais, en dehors de toutes ces considérations. Peut-être y verrai-je un message caché, remettant en cause ce cher Christian, mais j’en doute fort.

Des bisous coup de fouet,
LCS

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