Marvel et DC Comics : entre héritage culturel et guerre des licences

La bande dessinée (9ème art pour les intimes) connaît trois axes importants : le manga japonais, la bande dessinée franco-belge et le comic book américain. Dans l’industrie du comic book, les deux éditeurs les plus réputés, Marvel et DC Comics se sont engagés dans une lutte pour conquérir le coeur des lecteurs depuis de nombreuses années.Décryptage des différentes stratégies adoptées récemment.

Bref historique des éditeurs mainstream

Jerry Siegel & Joe Shuster - Créateurs de Superman

Jerry Siegel & Joe Shuster – Créateurs de Superman

DC Comics, a été fondé en 1935 et a frappé un grand coup en 1938 en publiant Action Comics #1 mettant en scène le très célèbre Superman, crée par Jerry Siegel et Joe Shuster. L’année suivante, le détective Batman, crée par Bob Kane fait son entrée dans Detective Comics #27. S’en est suivi une stratégie de rachat de personnages populaires chez les concurrents, à l’image de Captain Marvel appartenant à Fawcett Comics (pour ne citer que lui).

Stan Lee

Stan Lee – Emblème de Marvel

Marvel, anciennement Timely Comics a été créée en 1939 par Martin Goodman. De cette ère, très peu de héros ont subsisté, si ce n’est Namor, mi-humain mi-atlante et également le premier mutant de l’univers Marvel. Ce n’est qu’au début des années 1940 avec la création de Captain America que l’éditeur commence à gagner en popularité. Puis la « Maison des Idées » recrute le célèbre Stan Lee (Stanley Lieber de son vrai nom) entouré de dessinateurs talentueux tels que Jack Kirby et Steve Ditko. A partir de ce moment, la maison fourmillera de talents. Succèderont à Captain America et Namor les héros les plus connus depuis les années 1960, entre X-Men, Fantastic Four, Iron Man ou Spider-Man.

Avant la création de super-héros, figures aujourd’hui emblématiques de Marvel et DC, leurs lignes éditoriales respectives faisaient la part belle aux récits plus historiques et culturels.

Pourquoi les super-héros ? Car ils étaient signe d’espoir. Fin des années 1930-début des années 1940, on est en plein contexte de Seconde Guerre Mondiale et de montée des extrêmes. Les premiers récits de Superman le dépeignent luttant contre le nazisme, pliant des canons de tanks en deux, ou affrontant des nazis en Europe. En réalité, beaucoup de créateurs de super-héros étaient juifs et ont puisé leur inspiration dans les évènements tragiques de la Seconde Guerre Mondiale dans le but de critiquer le mouvement nazi, mais surtout de redonner espoir à un peuple juif martyrisé.

Quantité ou qualité ?

Si l’on observe l’état des choses aujourd’hui, on a chez Marvel des héros bien plus connus que chez DC (oui, le cinéma a également bien joué son rôle). Et les équipes phare sont les suivantes :

– Les Avengers de Marvel : Captain America, Wolverine, Spider-Man, Thor, Hulk, Iron Man, Hawkeye.

– La Justice League de DC : Superman, Batman, Green Lantern, Wonder Woman, Aquaman, Flash, Martian Manhunter.

Iron Man, Spider-Man, Hulk, Thor, Avengers, Captain America

Marvel a utilisé toutes ses têtes d’affiche au cinéma au moins une fois (ou presque) et mise sur l’identifiabilité de ses héros. En gros, vous êtes capable de mettre un nom sur une image.

DC a décidé d’en montrer moins, de se concentrer sur le comic book. Le groupe a également beaucoup souffert d’une perte de vitesse quant à la vente de ses titres, les héros Marvel devenant plus populaires fin 90-début 2000.

Pour rebondir, DC eut recours à de nouveaux talents. Une nouvelle vague qui aujourd’hui a fait ses preuves et dont beaucoup ont monté leur propre studio.

 

 

Jim Lee – Michael Turner – Geoff Johns

Jim Lee fut l’un d’eux. Il a su redonner un second souffle à Batman. Michael Turner a eu le talent de créer des couvertures motivant l’achat, et la plume experte de Geoff Johns a apporté un regard nouveau à l’univers DC.

Un second souffle tellement efficace que Marvel, plus concentré sur le cinéma, a un peu délaissé son activité première. Et a également produit des purges cinématographiques. Il était donc temps pour l’éditeur de remuer son univers. Et d’un coup, on voit arriver dans la même foulée (Ultimates) la fin des Avengers, la décimation de la race mutante, une guerre civile entre héros, la mort de Captain America, un reboot des Avengers.

DC en fait de même. Le Multiverse (la multiplication des Terres parallèles et héros alternatifs) était une mauvaise idée. Le lecteur ne s’y retrouve plus, c’est beaucoup trop compliqué. DC sort Final Crisis, mettant fin au Multiverse. Mais il réapparaît trois mois plus tard et c’est à nouveau un échec.

 

De nouvelles stratégies

Puis un beau jour, on apprend le rachat de Marvel par Disney. Marvel va donc clairement se concentrer sur le jeune public. Mais il garde tout de même les titres plus « hardcore » comme Wolverine ou Punisher. Le but étant tout de même de ne pas perdre le lectorat actuel. Un pari risqué mais qui rapporte gros. Le gros avantage de Disney, c’est le cinéma. Et Marvel en aurait bien besoin. Disney séduit les enfants avec les films d’animation, les adolescentes avec des séries comme Hannah Montana. Mais… Et les garçons, alors ? Le super-héros, c’est un super filon !

N’oublions pas les produits dérivés à chaque film sorti et chaque dessin animé produit. N’oublions pas non plus la volonté de séduire le public asiatique avec l’exploitation des licences Iron Man, Wolverine et Blade pour en faire des animés japonais (qui ont plutôt bien marché au passage).Quand aux espaces publicitaires, ils restent dans les comics. Pour info, un comics Marvel coûte environ $3 pour 50 pages dont 20 à 25 de publicité pour des jeux vidéo, des voitures, des fast foods (à peu de choses près).

L’une des stratégies les plus intelligentes de Marvel a été d’inscrire tous les films depuis Iron Man dans la même logique :  préparer l’arrivée des Avengers en mai prochain. En effet, Iron Man, Iron Man 2, The Incredible Hulk, Captain America et Thor seront tous réunis dans un film au budget colossal, réalisé par Monsieur Joss Whedon.

Chez DC, on fait les choses autrement. On essaie déjà de repartir sur de bonnes bases. On met Geoff Johns sur les grosses séries. Il apporte une cohérence à l’univers. Malgré son jeune âge, il connaît tout de DC depuis ses débuts. Le cinéma ? On laisse ça à Warner Bros. Autant faire de la qualité, même si les films se font plus rares. Et l’on retiendra, bien évidemment, les deux Batman (Begins et Dark Knight) de Christopher Nolan, le succès mitigé de Superman Returns, la débâcle de Green Lantern. Pas de réelle cohérence entre les héros. Puis la nouvelle est tombée : Marvel prépare les Avengers. DC va donc devoir attendre pour la Justice League. De plus, il est impossible de réunir les acteurs des films précédents. Il faut trouver une solution.

Puis au printemps 2011, DC a remué la planète comics :« on reprend à zéro ! », a annoncé l’éditeur.

The New 52

Un reboot de tous les titres DC ! Quand on pense qu’Action Comics a commencé en 1938 et ne s’est jamais arrêté, cette fois DC reprend au numéro 1 ! En septembre 2011 sort le premier numéro  : Justice League #1. Par Geoff Johns et Jim Lee. Sans surprise, évidemment. 52 titres au mois de septembre. Certains très bons, d’autres moins. Mais peu de déception du côté des lecteurs. Ce reboot n’était en réalité qu’un reboot partiel. En effet, tous les titres n’ont pas repris à zéro.

 

Dernière stratégie en date : la refonte de l’identité visuelle de DC. Nouveau site internet, nouveau logo. Comme pour couper court avec ce qu’il s’est passé avant.

 

Évolution du logo DC

 

Et du côté des lecteurs ? 

Aux débuts des publications chez les deux éditeurs, les comics étaient empreints de culture américaine (guerre d’indépendance, conquête du far west etc…). Certains héros ont subsisté, comme Jonah Hex chez DC. Marvel a su utiliser la culture américaine contemporaine. Pour citer deux exemples, observons les X-Men. Les mutants ont le Professeur Xavier comme mentor, qui prône l’acceptation des mutants par la population, en montrant aux gens qu’ils sont comme tout le monde. Magneto (Erik Lehnsherr), mentor de la Confrérie des Mutants, prône une révolte plus « musclée ». On peut en faire un parallèle avec Martin Luther King et Malcolm X au sujet de la ségrégation des noirs aux États-Unis. De même, si l’on observe la mort de Captain America, on peut faire un parallèle avec la mort de John Fitzgerald Kennedy.

Marvel a pris certains risques dans ses publications, comme se moquer ouvertement de George W. Bush dans Ultimates ou clamer haut et fort que JFK n’a pas été tué par Lee Harvey Oswald mais par les Cubains. Beaucoup de lecteurs aimaient ce ton polémique qu’a eu Marvel à une époque. Chose qui semble s’être perdue au fil du temps.

Aujourd’hui, beaucoup ont l’impression que la dualité Marvel et DC a changé. Alors que DC traite ses héros comme des dieux, Marvel a misé sur le paria. Un petit côté « whining b*tch » qui en a énervé plus d’un. (D’un point de vue plus personnel, j’ai lu du Marvel et du DC pendant très longtemps, mais je me consacre aujourd’hui uniquement à DC).

On peut observer la formation de « clans ». Les pro-Marvel sont restés fidèles à la Maison des Idées. Les premières parutions de comics en France (Strange ou Nova) reprenaient exclusivement des héros Marvel. La France a une tradition plus Marvel que DC.

Les pro-DC ont laissé tomber Marvel, jugeant leurs parutions plus « enfantines » qu’auparavant et destinées à un jeune public . DC a certes pris des risque et perdu une partie de son lectorat suite à certains crossovers, mais s’en tire plutôt bien.

 

Et ensuite?

Pour les inconditionnels du comic-book, cette lutte sans fin n’est pas près d’être terminée. Espérons que les récits de qualité se multiplieront de part et d’autre, et que le reboot de DC (New 52) évoluera sans décevoir.

Amazing Spider-Man, Avengers, The Dark Knight Rises, Man Of Steel

Pour le grand public, cette guerre se déroule au cinéma, même si Marvel s’y impose très largement par la quantité. Rappelons que The Avengers, est l’un des films les plus attendus de l’année, de même que le reboot de Spider-Man également prévu pour cette année. DC n’est pas en reste avec des licences très bien exploitées pour la plupart. Ce fut le cas pour Batman : 6 films pour le moment, dont 2 très mauvais. Le 7ème, The Dark Knight Rises est sans aucun doute LE film de super-héros le plus attendu cette année. Je tiens aussi à rappeler que Superman : Man Of Steel sera de retour en 2013 avec un reboot de la licence réalisé par Zack Snyder. Mais on aura l’occasion de revenir sur Snyder….

 Et vous, quel éditeur préférez vous ? Que pensez vous de cette guerre et de l’avenir de chacun d’entre-eux ?

 

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