Mélenchon: le candidat de la dernière heure en haut de l’affiche

Jean-Luc Mélenchon s’est imposé dans cette campagne présidentielle comme un candidat incontournable. Il y a encore quelques mois, personne ne prononçait son nom. Aujourd’hui, il est celui qui rassemble et qui effraie. Focus sur ce tour de force.

[Note : Le Toaster n’étant clairement pas un blog engagé, cet article tient de l’analyse et non pas de la prise de parti. ]

Qui, de la génération 18-25, connaissait Jean-Luc Mélenchon (JLM) avant la déposition officielle de sa candidature à l‘élection présidentielle le 21 janvier ? Personne ou presque. Pour la jeunesse, il n’était qu’un fantôme (ou un type qui insulte les journalistes). Et cela a changé, plutôt rapidement, à en juger le nombre de partisans présents à ses meetings. Dans un premier temps, il est de mise de rappeler qui il est. Représentant du parti de gauche (PG), qu’il a lui même fondé avec Marc Dolez en 2008 après son départ du parti socialiste (PS), JLM a fait ses premiers pas en politique en tant que meneur du mouvement lycéen en 1968, à Besançon. Rien d’étonnant lorsque l’on voit le personnage qu’il est devenu. Venons-en aux faits. Comment le gamin dissipé et révolté qu’il était a-t-il réussi à s’imposer comme candidat sérieux et crédible au sein de cette campagne présidentielle ?

Le perturbateur médiatique

Petit à petit, le candidat a réussi, en un sens, à diviser la gauche pour distinguer les révolutionnaires actifs des socialistes plus ou moins passifs. N’y voyez aucun affront, mais les mélenchonnistes paraissent moins réticents à combattre que les autres. D’où la réussite de JLM. Sa première démarche médiatique a été d’écluser l’ensemble des plateaux télévisés pour faire connaître son programme par fragment ainsi que ses idées et ses valeurs. Invité chez Ruquier, dans l’émission on n’est pas couché début 2012, il prépare le terrain et débroussaille les grandes lignes de son programme tout en répondant aux questions d’Audrey Pulvar et de Natacha Polony. Plutôt provocateur, il tape là où ça fait mal sans langue de bois. Il critique le monde de la finance avec véhémence, ses propos restent toujours simples, forts et efficaces. Sa campagne de séduction est lancée. A première vue, Mélenchon parle la langue du peuple sans pour autant faire de démagogie. Jusque là, il est le candidat surprise. Le petit candidat que l’on n’attendait pas. La preuve, les autres prétendants à l’Elysée tentent tant bien que mal de le réduire à néant, comme Marine Le Pen dans l’émission des paroles et des actes sur France 2. Celle-ci refuse tout simplement de lui répondre et la situation tourne au ridicule pour finalement faire le buzz sur la toile (environ 300.000 vues sur Youtube). La représentante du front national (FN) ouvre son journal et fait semblant de le lire tout en martelant qu’il ne pèse pas assez lourd dans la balance pour mériter un débat face à elle. Si ce n’était pas le cas sur l’instant, aujourd’hui, ils sont au coude à coude et Melenchon remporterait environ 13% des voix quand Marine Le Pen en remporterait 14%. Autant dire que c’est un combat de titans.

http://www.youtube.com/watch?v=i4kYKUSuY3M

Des frontières différentes

Sans clairement s’autoproclamer communiste, Jean-Luc Mélenchon reste très proche des camarades du parti communiste français (PCF). Mais il voit plus large, ce qui le différencie clairement de ses prédécesseurs à gauche de la gauche. JLM rassemble les forces de la gauche radicale, anti-libérale, socialiste, communiste et parfois même écologiste. La différence de communication réside dans les discours et dans les rassemblements. Contrairement à Marie-George Buffet, l’ex-candidate du PCF, qui a obtenu 1,93 % des voix seulement lors de l’élection de 2007 soit le pire score de toute l’histoire du PCF, JLM vise plus grand. Sans se renfermer dans une seule idéologie, ses tirades paraissent improvisées, sorties de ses tripes. Il semble dire ce qu’il pense au moment où il le pense, en restant toujours bien à gauche sans censurer aucun sujet ou très peu. Son côté « populiste » rend ses partisans beaucoup moins hésitants. Voter à gauche de la gauche devient plus avouable et plus démocratique.

Créer l’évènement

Le candidat PG concentre ses actions de communication sur les valeurs fédératives et sur les rassemblements. Sa fameuse prise de la Bastille, le 18 mars dernier à Paris, a fait mouche avec près de 100.000 personnes rassemblées. Organiser un regroupement autour d’un évènement culturel qui fait partie du patrimoine français et de surcroit, qui représente le soulèvement du peuple face aux forces gouvernementales, était plus que judicieux. Ainsi, chacun pouvait se sentir concerné par ce mouvement qui compose l’histoire et l’héritage historique de son pays. Et les derniers rassemblements font toujours beaucoup d’adeptes notamment celui de Toulouse où 70.000 personnes se sont rassemblées. Le dernier en date, à Marseille, samedi, a fait plus de 100.000 adeptes avec un discours marquant sur la mixité sociale. Et pourtant…

Zéro pointé pour sa gestion des réseaux sociaux

Facebook, Twitter et autre google + ne sont pas le dada de Jean-Luc Mélenchon. En effet, en visitant rapidement sa page Facebook, le nombre de fans est tout à fait honorable à raison de 72.043 fans quand François Hollande en comptabilise 82.920. Toutefois, en regardant de plus près, l’activité et le dynamisme du personnage font défaut sur sa page. Les nouvelles sont plutôt fades et consistent simplement à relayer les informations et les buzz autour du candidat. Les critiques et les commentaires réellement personnels sont plutôt rares. Phénomène que l’on retrouve également sur Twitter avec 50.397 abonnés aux tweets émis par un chargé de campagne ou de communication, citation à l’appui : « JLM ne tweete pas en personne. ». Ce qui est certainement une des raisons pour laquelle, aussi peu de followers le suivent en comparaison à François Hollande qui fédère 222.266 followers. Des résultats qui sont donc bien meilleurs sur Facebook. En revanche, son blog wordpress jean-luc-melenchon.fr semble faire plus d’adeptes. Les premiers post écris en 2004 ne déchainent pas les commentaires quand les derniers, au contraire, sont commentés entre 800 et 2000 fois. Quant au nombre de vues, il peut atteindre aisément les 200.000. Alors même si son bilan sur les réseaux sociaux est médiocre, les résultats sur le terrain sont là.

Les clins d’oeil

Visiblement, si le candidat ne sait pas faire le buzz lui-même, ses soutiens le font pour lui. Le web est certainement l’un des plus beaux outils d’expression culturelle qui existe. Ce qui peut parfois donner tout et n’importe quoi mais ça marche. Récemment, une jeune femme blonde et plantureuse s’est éprise de Jean-Luc Mélenchon et elle le revendique. Evidemment, c’est ironique, regardez plutôt :

Malgré tout, il faut reconnaître que la vidéo est de bonne qualité, plutôt dynamique, avec des paroles assez drôles: « moi je m’appelle Victoire je suis ton plus bel espoir, toi tu t’appelles Jean- Luc ça c’est ton truc« . Victoire Passage ou Rebecca Carlborn de son vrai nom s’apprête à sortir un single. On apprend en fait que la vidéo a été produite par une agence de communication, Passage Piéton, et que la demoiselle est une actrice.  Qui a réalisé 496.045 vues sur Youtube et un sacré buzz au profit de JLM à l’image de l’américaine Amber Lee Ettinger qui en avait fait de même pour Obama en 2008.

Deadline

Une semaine avant le scrutin, les chaines télévisées diffusent les clips de campagne, difficiles à éviter à 20 heures. Celui du candidat du Front de Gauche est plutôt classique. Assis sur une chaise, un fond rouge derrière lui accompagné du logo du parti, il se concentre sur le partage des richesses, une thématique plutôt Marxiste. Un point de vue totalement assumé. En effet, si un seul candidat déclame haut et fort sa haine du sarkozysme et ses valeurs de partage, c’est bien Mélenchon et, caché derrière, Philippe Poutou. Il a su créer la surprise et ça paie. Le PS, quant à lui, craint la mélenchomania et le retour d’un schéma similaire à celui de 2002. S’il passe devant François Hollande au second tour, face à Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen… le peuple soutiendra-t-il toujours Mélenchon jusqu’à concrétisation de sa campagne? Pour l’instant, les partisans du parti de gauche se laissent, à raison, à rêver de second tour.

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