99 Francs…et la réalité : vis ma vie en agence #1

Le monde des agences de pub/communication a bénéficié d’un gigantesque coup de projecteur il y a quelques années, avec la sortie du film 99 Francs, adaptation du roman éponyme de Frédéric Beigbeder, qui n’a pas forcément fait que du bien à la profession.

[Sache, cher lecteur, avant de te lancer dans cet article et de te dire que je déteste certainement ce film, qu’il n’en est rien].Inspiré de la vie au sein de grandes agences de publicité, 99 Francs dépeint un monde peuplé de créatifs cocaïnés, de bimbos, d’argent facile, de délires visuels, mais aussi de bad-trips. Et bien que l’oeuvre ne fasse pas l’apologie de l’univers des agences, le film a trouvé un certain écho chez des populations telles que les étudiants en marketing/communication ou encore les assistants chef de projet… Outre certains détails croustillants tels que la scène du PPM (Pre-Production Meeting), l’oeuvre véhicule également bon nombre de clichés sur les univers de la publicité et de la communication (dont on fait malheureusement trop souvent l’amalgame) qui n’aident pas forcément à donner une image positive de ce monde.

En effet, excepté certains postes hauts placés de certaines grosses agences (ou les années 70), ni coke ni putes ne couleront à flots. Le café, oui. Les larmes, parfois. L’adrénaline encore plus. A la manière de certaines images macro qui ont circulé de manière massive sur les réseaux sociaux en 2012, la vie en agence est une succession de « ce que les gens pensent »/ »ce que je fais vraiment’, :

Loin de passer mes nuits sur le mode paillettes, je me contente le plus souvent de m’effondrer sur mon canapé devant des programmes hautement culturels et parfois, entre Cyril Hanouna et les émissions police-action-enquête-dealers-banlieue-délinquants-caméra-cachée, mon coeur balance. Ah oui, et j’ai des horaires de bureau : si j’arrive en retard on me le fait remarquer, bien que j’aie conscience d’être dans une boite assez souple (esprit jeune et ‘startup’ oblige). Mes conversations téléphoniques avec les clients ne sont que très rarement à base de « buzz », « youtube », « hype », « design » et contiennent bien plus souvent les occurrences « urgent », « bug », « problème », « ça ne fonctionne pas », « je ne comprends pas », « tu peux regarder rapidement stp », etc.

La masturbation intellectuelle ne se présente qu’à de si rares occasions que je frôlerais presque la surchauffe intellectuelle lorsque l’on aborde la stratégie. Il faut dire qu’avec le joyeux bordel que représente la facette opérationnelle du monde des agences que l’on se demande parfois s’il y en a une de l’autre côté, de stratégie….Outre ces considérations, il règne une ambiance jeune, créative, intelligente, et les blagues de mauvais goût sont aussi nombreuses que les boutons d’acné à un concert de Justin Bieber. Le panard total, en somme.

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Oui, mon DA c’est mon DA, et comme dans le film, c’est parfois la guéguerre.

 

Prenons un autre exemple concret : dans le film, Charlie, le DA (Directeur Artistique ) est complètement porté sur trash, est une espèce d’ado attardé, et snife autant de coke que j’entends de connerie chaque jour au téléphone. Je ne vais pas vous mentir, mon DA est également porté sur tout ce qui peut être gras, moche, trash et glauque. C’est aussi un grand ado. Ce n’est donc pas une légende : les créatifs ont cette tendance, qui dure depuis un moment puisque le livre date de la fin des années 90. Mais point de pétards en réunion, pas de hamster, pas de pistolet à fléchette ni de photos zoophiles échangées par mail (encore que parfois..). Encore une fois, il est normal de romancer une histoire : si 99 Francs avait été réaliste (et ce n’est pas sa prétention), il est sur que le film aurait été nettement moins fun. Le problème, c’est comment rester crédible et ne pas passer pour un glandeur sous ecstasy quand on travail dans un milieu « cousin », donc forcément lié dans les esprits…

Le problème avec 99 Francs, ce n’est pas tant le critique (légitime) du monde des agences qui est dépeint que la compréhension de l’oeuvre. On peut faire le rapprochement avec Scarface, sorti en 81. Remake d’un film des années 30 inspiré de la vie d’Al Capone, le long métrage devrait a priori dégouter (et c’est son but) de la « thug life », de la drogue et des guns. La réalité nous montrera que Tony Montana deviendra dans les années 2000 l’idole d’individus à peu près aussi recommandables que lui. Dans son genre, 99 Francs aura le même effet néfaste. En distillant une image complètement dépravée de la vie en agence, des hordes d’étudiants en pub/communication rêvent désormais de coke et de putes, le tout en ne levant pas le petit doigt, évidemment.

Jeune padawan, ne te méprends pas. Tout d’abord, la pub est un secteur bien spécifique, la communication et le web étant plus sages. Ensuite, même si tu vas dans la pub, tu ne pourras prétendre à une vie de mac uniquement dans les très grosses agences mais certainement pas en début de carrière. Ah oui, et le fric, tu peux oublier pour le moment.

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