Le taylorisme c’est fini !

Et si l’organisation du travail était complètement remise en cause par les nouvelles technologies et la génération Y ? Les entreprises « googlisée » se multiplient pour le plus grand plaisir des nouvelles générations.

« Le taylorisme c’est fini », c’est ce qu’a déclaré Emmanuel Mignot, président et directeur général (P-DG) de l’entreprise Télétech international, lors de l’ouverture de sa toute nouvelle plateforme téléphonique à Dijon. Cette nouvelle implantation dans des locaux de 8.000 mètres carrés a pour objectif de devenir la vitrine de la multinationale spécialisée dans la relation client, elle doit donc être exemplaire et surtout moderne. Pour être moderne, elle l’est !

Visite virtuelle pour vous faire une idée

Je me dirige en direction du quai Nicolas Rolin à Dijon, ancien fief du géant de l’agroalimentaire Amora-Maille. Un symbole connu de tous dont l’organisation représentait plutôt bien certains aspects du taylorisme dans toute sa splendeur – délimitation et séquençage du travail pour une production optimisée. Le bâtiment ne peut pas passer inaperçu et pour cause, les murs sont intégralement recouverts de QR codes pouvant être flashés avec un smartphone afin d’atterrir directement sur le site de l’entreprise. Autrement dit, un lien internet grandeur nature. Une première en Europe qui a demandé plusieurs semaines de travail sur un matériau qui résiste à toutes les intempéries, nous sommes sauvés, ce jour-là il pleuvra des cordes dans la soirée. Le geste inaugural n’est pas moins impressionnant. Le P-DG saisit une bouteille d’eau sous pression et en fait exploser le bouchon pour arroser les murs flambant neuf. La preuve en image :

emmanuel-mignot-teletech-inauguration

L’entrée est sobre et vaste malgré une citation de Karl Marx dans un coin, la visite commence réellement dès le premier étage. Un premier hall laisse apparaitre un mur sur lequel une photographie et une phrase de Coluche sont peintes. En face, une télévision écran plat, sur le sol, un imprimé galet et un filet de mini tennis accompagné de raquettes laisserait presque croire que l’on est à la plage. Des ballons sauteurs de toutes les couleurs sont dispersés un peu partout. Un peu étrange pour une multinationale tout à fait sérieuse. Une première salle de travail (tellement grande qu’en voir le fond est presque mission impossible) est constituée de bureaux sur lesquels sont installés des ordinateurs fixes, des casques équipés de micros et des téléphones avec en prime, au-dessus, des parasols de plage orange. Sur le côté : des fat-boy ou bean bags pour les puristes jonchent le sol. Explications : lorsqu’un salarié a mal au dos en fin de matinée ou qu’il ne supporte plus la position assise (fort inconfortable avouant-le…), il a la possibilité de se jeter allègrement dans ces poufs pour travailler sur des ordinateurs portables ou des tablettes numériques mises à disposition. Le rêve pour nous tous. Chaque espace de travail à sa mascotte comme Bulldog, un chien en peluche qui trône fièrement sur un siège. Une autre pièce, complètement insonorisée grâce à la même technique que celle utilisée pour les salles de concerts, est agrémentée d’un pan entier de baies vitrées qui donnent sur une forêt (ambiance amazonienne) et en contrebas sur un court d’eau : l’Ouche. La goutte d’eau qui fait déborder le vase ? 1.500 mètres carrés de l’entreprise sont restés disponibles pour le plaisir des 600 salariés qui envahiront bientôt les lieux. Schématiquement, ceux-ci pourront laisser libre court à leur imagination pour faire payer à l’entreprise les installations de leurs loisirs – espace réservé au théâtre, matériel nécessaire à des expositions, des crayons, de la peinture, des toiles pour pouvoir peindre et tout ce qui peut leur venir à l’esprit.

Google ou la folie des grandeurs

L’objectif de cette opération, clairement affiché, est d’importer un nouveau modèle de travail en France et de concurrencer les locaux de recherche et développement (RetD) de Google installés en Suisse, à Zurich, depuis janvier 2008. Cependant, les moyens ne sont pas encore tout à fait les mêmes. Comment concurrencer 12.000 mètres carrés de bureaux, un toboggan interne qui permet d’accéder directement à la cafétéria, les tasses à cafés frappés Google, les salles de réunion privées au milieu desquelles trônent des télécabines taguées à la mode newyorkaise, des cabines téléphoniques d’extérieurs en intérieur pour des conversations personnelles, des salles de billard et babyfoot, des rampes inspirées des casernes de pompier pour passer d’un étage à un autre… Bref. Voyez plutôt :

Photos Google Zurich 02 location_zurich_image_696x696 google-zurich-restaurant-450x337 google-zurich-jeux

 

La fin d’un modèle classique de travail

Cette nouvelle organisation du travail est l’antithèse complète du taylorisme. Pour rappel le taylorisme est une méthode de travail inventée par Frederick Winslow Taylor à la fin du 19ème siècle. Le but est de mettre en place le one best way, autrement dit, la meilleur moyen de produire. Les ouvriers doivent être rapides et efficaces. Le rendement doit être maximum. Malgré tout, il ne s’agit pas de copier le modèle fordiste du travail à la chaine même si il est assez facile de trouver des points communs entre les deux méthodes. Aucune place n’est laissée à la dimension humaine, chaque tâche est cloisonnée selon des postes bien précis et le geste est répétitif. Deux dimensions ont alors été imaginées. D’un côté, la dimension verticale consiste à distinguer les tâches en partant du principe que les ingénieurs conçoivent tandis que les ouvriers exécutent. De l’autre côté, la dimension horizontale consiste à décomposer l’action de production pour confier à chaque ouvrier spécialisé, une seule tâche minimaliste, rapide et chronométrée. Heureusement, nous n’en sommes plus tout à fait à ce stade, quoique…

Au 21ème siècle, c’est le modèle inverse qui se profile. Chez Google, qui donne plus ou moins le ton en la matière, la priorité est donnée au bien-être des salariés. Les activités de loisirs sont valorisées pour la simple et bonne raison qu’elles sont considérées comme des stimulations pour le salarié. Ainsi, 80% du temps des ingénieurs et des développeurs sont réservés au travail strictement lié à l’entreprise tandis que les 20% restants sont consacrés à la réalisation de projets personnels – technique baptisée innovation time off. Malgré tout, Google rémunère les 100% du temps de travail. La liberté totale qui lui est laissée lui permet de laisser libre court à son imagination et à sa créativité, plutôt souhaitées dans une entreprise comme celle-ci. De plus, Google mise sur la volonté et la motivation des ses employés pour être totalement efficace. Le travail en groupe est favorisé pour maintenir le lien social et le croisement des données entre toutes les personnes des différents services. C’est aussi une façon de transmettre et de pérenniser les savoirs acquis. Est-il utile de préciser que la main d’œuvre de Google est jeune – entre 20 et 35 ans en moyenne.

La génération Y est donc au cœur de tout, maitresse des connaissances des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), véritable Saint Graal à l’heure actuelle. La transition n’est pas simple. L’enjeu est basé sur une relation de confiance entre toutes les parties prenantes et le pari est pris de l’efficacité et de la production ludique. La grande rupture concerne l’organisation hiérarchique qui, au sein du taylorisme, occupait une place centrale, tandis qu’aujourd’hui, les limites s’effacent. Les retours manquent quant à la réussite complète de ce nouveau modèle, cependant les retours ne manquent pas à propos du taylorisme critiqué et pas si efficace que ça au vue des dépressions à répétition des salariés. Pour le moment la génération Y voit dans cette évolution un paradis professionnel inespéré bien que le stress et les exigences ne disparaitront pas par magie…ne l’oublions pas.

, 1 Commentaire

Cultive également ton style avec notre ami Tostadora.fr