La guerre des consoles n’aura pas lieu

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Tous les 6 ou 7 ans c’est la même joie. Une nouvelle génération de console arrive et il faut bien quelqu’un pour jouer le rôle du méchant. Depuis 1995, c’est Sony.

Voilà, ils ont annoncé l’arrivée de la PlayStation 4. Personne n’est content. La « twittosphère » (comprenez : le peuple, l’univers) est en rage et suit moqueusement une piteuse conférence de presse où on ne verra pas la console, où on ne connaitra pas son prix, ni sa date de sortie. Il est faux de dire qu’on n’aura rien appris de l’événement du 20 février. On a vu la manette, on a vu des jeux, on a eu des spécificités techniques, on a eu des confirmations pour le cloud-gaming, des infirmations sur le blocage de l’occasion (ouf). Simplement, la majorité des informations avaient fuitée quelques jours auparavant, d’où la légère impression de réchauffer les plats. Sachant que de tous temps, les vraies présentations de consoles se font lors des salons dédiés type E3 (prononcez « ikioube » et non pas « eutroa », vous aurez l’air un peu moins plouc), je ne vois pas bien le malaise. C’était couru d’avance. Sony a simplement fait ce que la presse spécialisée lui sommait depuis des mois : annoncer la console avant Microsoft. Pourquoi ? Parce que. Ne me demandez pas pourquoi je ne sais pas. Je ne vois pas en quoi avoir deux mois d’avance sur un produit devant sortir dans environ 9, est vraiment significatif, mais pourquoi pas. Le vrai problème vous savez ce que c’est ? Le Sony-bashing, un puissant trend mondial, presque aussi célèbre que le complot judéo-maçonnique.

Sony, c’est un peu comme Claude François dans sa chanson Le Mal aimé. Avec sa première console, la PlayStation (vous vous souvenez ?), c’était l’entreprise illégitime, venant marcher sur les plates-bandes des deux rivaux préférés de nos cours d’école, Nintendo et Sega. Comment une boîte n’ayant aucune histoire dans le jeu-vidéo, aucun savoir-faire, pouvait prétendre à entrer dans cette cour fermée ? Avec des jeux en 3D et des cinématiques de porcs (soit, des séquences en images de synthèse animées, une révolution pour l’époque), ce que la dernière-née de chez Sega, la Saturn, ne savait pas faire, ou très mal. Le vil entrepreneur nippon, à coup de Toshinden, de Tekken, de WipeOut et de Ridge Racer, a perverti les têtes blondes habituées à Mario, Zelda et Sonic. Sony créait un nouveau public pour le jeux-vidéos, ou plutôt suivait l’évolution du premier : les gosses fans de jeux mignons à la fin des années 80 sont en 95 des ados ou des adultes et veulent du sérieux. Pavé dans la marre. La Saturn suit en ce qui concerne l’état d’esprit, mais pas en ce qui concerne la technique. La PSX l’éclate dans les grandes largeurs, mais tout le monde lui prédit un destin funeste, destin portant le nom de Dolphin… qui deviendra la Nintendo 64, deux fois plus puissante, n’utilisant pas le CD donc ne mobilisant pas de temps de chargement, le tout avec le savoir-faire Nintendo. Problème : elle sort trop tard, et quoiqu’on en dise, s’il y a quelques jeux trois-étoiles, l’éventail est bien maigre face au catalogue de la console Sony. Pire, Squaresoft et son Final Fantasy sont passés chez eux, justement pour profiter des espaces stockages du CD et des capacités vidéos de la Play… Nintendo, pour ne pas avoir voulu évoluer, se prive d’un best-seller et du jeu le plus connu de la génération. Sony part de nulle part et finit premier.

Le nouveau millénaire s’accompagne d’une nouvelle génération de machines. Comme d’habitude, Sega a dégainé le premier avec sa Dreamcast. Sony a annoncé sa PS2, Nintendo prend comme d’habitude du retard. On commence à prédire le grand retour de Sega et une vraie leçon pour Sony. Sa console va sortir tard, elle est moche, elle est chère, elle « aliase » à mort (allez sur google, me faites pas chier), elle n’a pas de mode online de base, elle n’a pas de jeux (enfin, si, Fantavision, une simulation de feux d’artifices, un jeu de bagnole pourrave de Squaresoft, un ISS innommable…) et elle se forge avant même sa sortie une réputation d’usine à gaz inprogrammable. L’annonce de Tekken Tag Tournament  ne fait frissonner personne car tout le monde a compris que les images publicitaires sont des images de synthèse et non pas des images du jeu. La Dreamcast, elle, a tout pour elle. Elle est mignonne, petite, facile à programmer, abordable, connectée. Elle sort la première ses capacités graphiques sont très propres, elle est labelisée console d’arcade, et il y a quasi dès la sortie un éventail de jeux postdindingue : Crazy Taxi, Virtua Fighter 3, Jet Set Radio, et surtout, dans un avenir proche, Soul Calibur et Shenmue, deux noms qui endommagèrent bien des sous-vêtements adolescents. Tous les « gamers » (entendez, les vrais joueurs) étaient de son côté.

Et donc à l’arrivée, bien entendu, la Dreamcast s’est lamentablement vautrée, pas assez achetée, pas assez suivie par les éditeurs tiers. La PS2 n’était finalement pas si chère, pas si moche, pas si grosse, pas si dépourvue de jeux (enfin si, au départ), puisqu’elle fut en rupture de stock mondiale le jour même de sa sortie. Heureux ceux qui l’avaient précommandée (je parle de moi). Son lecteur DVD est d’une qualité exceptionnelle et le parc de jeux s’étoffe rapidement à coup de Devil May Cray, de Fifa, de vrai PES, de SSX, et d’expériences incroyables telles que Shadow of the Colossus etc etc. De son côté Microsoft sort tardivement une X-Box, dont tout le monde se foutait au départ, mais ici, bizarrement les voix arguant que Microsoft n’avait rien à faire dans le bizness console se sont rapidement tues. Non, bien sûr, ce n’était pas du tout pour mettre un pied dans un marché qui leur échappait complètement. A la fin des combats, la PS2 finit très loin devant, suivie par la X-Box qui eut une belle carrière, en plus d’être probablement la meilleure console de la génération d’un point de vue technique. La Dreamcast mourra piteusement à petit feu. Ne parlons pas de la GameCube de Nintendo qui fut tellement à contre-rythme qu’il faut désormais considérer leur produit dans une catégorie à part, la leur.

Quelques années plus tard, même cirque. Cette fois Microsoft et Nintendo ont dégainé les premiers. La X-Box 360 est hyperpuissante, se programme trop facilement comme un PC, elle a plein de jeux, et son prix n’est pas indécent. Microsoft pouvant balancer de l’argent par les fenêtres (leur section console est de notoriété public à pertes depuis le départ, la seule ambition de Bill Gates étant d’emmerder Sony), elle sort extrêmement rapidement, un an avant la Wii et presque deux avant la PS3. Celle de Nintendo, moins puissante, mais beaucoup moins cher, réinvente la façon de jouer avec la reconnaissance des mouvements. Arrive la PS3 et un son de cloche déjà entendue. Grosse, moche, TRES chère, sans jeux, un lecteur BluRay inutile, un mode online pourrave et une sortie excessivement tardive. Une conférence de lancement lamentable, une journée de lancement lamentable. En France, devant le magasin où la console est présentée le premier jour, Microsoft se paie le luxe de faire passer une péniche à ses couleurs et de klaxonner très fort devant. La communauté se gausse et prédit un funeste destin à la PS3. Cette génération, qu’on se le dise, sera celle de Halo, du HD-DVD et du casual gaming.

http://www.youtube.com/watch?v=NxxC–RSPiM

Sauf que non.

Les Wiis et leurs concepts révolutionnaires révolutionnèrent au mieux un an avant de révolutionner la poussière dans les armoires. La 360 tint longtemps la dragée haute, mais fut perdue par son manque de popularité en dehors de l’Amérique, de sa quasi-absence au Japon et aussi par une aberration made in Windows : une connexion à l’internet via un abonnement mensuel. A l’arrivée, c’est encore Sony qui remporte la coupe, de justesse, dépassant au tournant 2013 l’ogre Microsoft en termes de vente. Finalement son lecteur BluRay n’est pas si inutile : c’est le seul format à avoir remplacé le DVD et sa capacité de stockage est bien supérieure aux galettes X-Box. Et quoiqu’on en dise, un Metal Gear, ça fait plus rêver qu’un Halo.

Donc pour cette fois-ci encore, disons-le nous : la guerre des consoles est un jeu qui se joue avec une machine et une manette et Sony qui gagne à la fin. Après tout on parle de cette entreprise qui a combattu le piratage tout en vendant des magnétoscopes. Rappelez-vous, ces Japonais sont petits, mais fourbes.

 

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