A la recherche de l’album parfait #1 : What’s Going On, de Marvin Gaye

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Une chose est sûre, il y a eu un avant et un après What’s Going On, tout comme il y a eu un avant et un après Pet Sounds ou Sergent Pepper. Retour sur plus de quarante années..

Sister, Sister….

what's going on Suite à la mort tragique de sa partenaire Tammi Terrell, décédée à l’âge de 24 ans des suites d’une tumeur au cerveau, Marvin Gaye, alors égérie de la Motown, sombre dans une profonde  dépression (au cours de laquelle il en profitera néanmoins pour enregistrer l’un de ses plus gros tubes, I heard it Through the Grapevine).

Il en sortira (partiellement) deux ans après avec un 45-tours, What’s going on, comprenant le titre éponyme ainsi que Sad Tomorrows (qu’il reprendra sous le nom de Flyin’ High).

Véritable flambeau anti-guerre du Vietnam, What’s Going On peut surprendre :

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tout d’abord la musique, qui abstraction faite du texte évoque davantage une ambiance charnelle qu’un brûlot contestataire. Ne nous méprenons pas, le thème est superbement mélancolique, les arrangements divins, les harmonies subtiles et délicates, et une véritable dramaturgie se fait sentir. Mais comme c’est de la soul, avec tout ce qu’elle trimballe de clichés, vos amis risquent de vous dire que ça sent plus l’amour que la guerre. En même temps, avant d’être le tube sexy que l’on connait, le fameux Let’s Get it On était un morceau pour la paix et l’unité et tout et tout.. La boucle est bouclée.

le texte ensuite, dont l’apparente simplicité sert en réalité à nous faire percevoir les événements du début des années 70 à travers les yeux d’une personne innocente, qui se demande sincèrement « qu’est qui se passe ? « .

Carton plein, What’s going on ne tardera pas à attirer l’attention des pontes de la Motown, qui lui demanderont de sortir un album entier. Ce sera chose faite le 14 Avril 1971, date à laquelle le monde entier découvrira la fameuse galette noire.

 

what's going onPour ma part, j’ai trouvé What’s Going On particulièrement difficile à écouter lorsque je l’ai acheté (oui, celui là je l’ai acheté). En effet, passé le premier morceau, magistral, les suivants semblent un peu fades de prime abord : ils n’ont pas spécialement de refrain, les rythmiques se ressemblent, et lorsqu’arrive le titre Save the Children, l’ambiance devient franchement glauque.

Ce qui manquait à cette première expérience, c’était la connaissance des paroles. Il m’a fallu ensuite apprendre à considérer ces 6 premiers morceaux comme un tout, et non comme des morceaux individuels. A ce propos, Marvin les a enregistrés dans cette optique : si les musiques ont bien été « collées » les unes aux autres, Marvin a enregistré le chant sans interruption, de What’s Happening Brother à Mercy Mercy me. L’album a également souffert de sa réputation, comme lorsque l’on découvre un film que tout le monde a déjà vu. Avec un degré d’attente aussi élevé, je ne pouvais qu’être déçu…

Puis vinrent la seconde et la troisième écoute, au cours desquelles j’ai lu les paroles et écouté autrement. Et j’ai compris à ce moment qu’il fallait considérer What’s Going On avec plus de subtilité qu’il pourrait en donner l’impression, prendre en compte les textes et prêter attention aux petits détails qui fourmillent ça et là et rendent l’ensemble d’une richesse incroyable, à l’instar du Glockenspiel ou des bongos.

Concept Album ?

Pour rappel, un concept album tourne autour d’un thème, de personnages ou d’une histoire et chaque morceau est pensé de manière à ce que l’on ressente une connexion logique avec les autres. Les 6 premiers morceaux de constituent le côté concept album de What’s Going On et tous les thèmes y passent, presque sans interruption musicale : la guerre, le retour au pays, l’addiction aux drogues, le futur de nos enfants, la foi et même l’environnement. Si l’on se replace dans le contexte de 1971, le titre Mercy Mercy Me faisait un peu figure d’OVNI.

La seconde partie de l’album est un peu plus éclatée, mais on en retiendra surtout le monument, le morceau phare, le morceau que peu d’artistes afro-américains n’ont pas repris : Inner City Blues, dont les paroles prennent autant aux tripes que la simplissime ligne de basse couplée aux bongos. Le travail sur la voix est par ailleurs sidérant : Marvin chante la même mélodie en voix de poitrine et en fausset et superpose les deux. Ainsi, le côté torturé de la première voix est adouci par la seconde, et vice-versa. Inner City Blues s’achève par « mother, mother », qui ne sont autres que les premières paroles de What’s Goign On. Et la musique s’en va, majestueuse. A ce moment précis, on réalise que Marvin a fait ce qu’il voulait faire..

 I’m gonna make a change, for once in my life…

histville what's going on marvin gayeL’album aura également marqué un tournant dans l’histoire du disque (un des premiers albums afro-américains engagés), mais aussi dans celle de la Motown. Rappelons que si la célèbre maison de production a été une usine à rêves, les méthodes de travail très strictes et le découpage des tâches laissent dubitatif. Les chanteurs ne connaissaient pas forcément les musiciens ni le compositeur, n’enregistraient pas toujours leurs parties ensemble même lors de duos, et que les musiciens n’étaient jamais crédités…jusqu’à What’s Going On, grâce à l’entêtement de Marvin. Autre première : la liberté artistique quasi-totale, ouvrant ensuite la voie à d’autres albums qui ont marqué leur époque, tels que Songs inthe Key of Life de Stevie Wonder

What’s Going On peut malheureusement pâtir de la réputation de son père. Marvin Gaye souffre d’une étiquette simpliste qui lui est fermement attachée : celle d’un chanteur de charme ayant pour seule et unique obsession le sexe. Et si les albums suivants se sont avérés très sensuels, il reste à mes yeux un artiste majeur, pour son sens de la composition, son charisme, ses performances vocales ou encore sa capacité à véhiculer des émotions très simples, bien loin de la banale image de crooner. Mais les faits sont là : pour le non-connaisseur, Marvin qui fait de la musique engagée, c’est comme si on me disait que Mylène Farmer avait sorti un album aux paroles compréhensibles.

Vous l’aurez compris, What’s Going On fait partie de ces albums auxquels on revient toujours, et que l’on prend plaisir à redécouvrir, que ce soit pour sa musique ou pour sa construction, ou simplement pour se rendre compte que 40 ans après, rien ne semble avoir changé….

« Where did all the blue sky go ?

Poison is the wind that blows

From the north and south and east »

 

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