La fin des Beach Boys ?

Ah, les Beach Boys. 50 ans après leur création, les garçons de la plage résonnent toujours dans l’imaginaire collectif comme étant synonymes de Californie, de fun et d’un certain âge d’or américain. Sans oublier les sensationnelles harmonies vocales. Mais quand un groupe qui n’a quasiment rien sorti d’original (ni de bien) depuis 1971 se reforme et nous pond un album, le doute se mêle à un étrange sentiment : et si c’était la fin ? 

Préliminaires

Tout d’abord, on peut émettre des doutes sur les motivations des uns et des autres. Les Beach Boys doivent leur succès à leur fondateur et compositeur, le vénérable Brian Wilson. Ce dernier est responsable de la quasi-intégralité des tubes du groupe. Mais lorsque lui vient l’envie, au milieu des années 60, de faire autre chose que de la musique facile, les autres le lâchent lamentablement. « Don’t Fuck with the formula », lui aurait lancé son cousin Mike Love. Malgré le succès de Pet Sounds, que beaucoup considèrent comme LE chef d’oeuvre des Beach Boys, voire des années 60, voire de la musique en général dixit Paul Mc Cartney himself, Wilson déprime. Entre drogues, solitude et dépression, il ne refera surface qu’au début des années 2000, en s’entourant d’autres musiciens, menant avec brio son monumental projet d’opéra adolescent, SMILE. Il fera également un hommage remarqué au grand George Gershwin en 2011, se payant même le luxe d’achever deux morceaux. Pendant ce temps, les autres Beach Boys ont vécu peinards de best-of et de concert, reprenant allègrement les tubes écrits par Wilson, sans lui évidemment. N’est pas compositeur de génie qui veut.

On peut également douter de la pertinence musicale de l’album. Même si Brian Wilson porte aujourd’hui le statut d’icône de la pop, le fait est que papy n’a pas bougé d’un poil depuis les sixties. On retrouve donc les mêmes arrangements qu’il y a 45 ans, les mêmes harmonies vocales qui ont fait le succès du groupe, sauf que tout le monde avoisine aujourd’hui les 70 piges. Et quand on sait qu’un seul des garçons de la plage a vaguement fait du surf dans les années 60, voir tout ce beau monde parler d’été peut porte à rire.

beach_boys

Mais l’album, que vaut-il ? 

Comme Wilson a l’habitude de le faire, l’album s’ouvre sur un morceau vocal. Le très mélancolique Think About the Days nous plonge d’emblée dans la chaleur californienne et donne à la fois envie d’abuser de psychotropes et d’effectuer un travail d’introspection. Oui, les Beach Boys, ce n’est pas que de la musique facile, loin de là. Après cette sublime intro, les pépés de la plage entonnent le morceau-titre, That’s Why God Made the Radio. Même s’il sent le California Girls réchauffé, il s’avère plaisant et procure le sentiment de retrouver de vieux copains. C’est sympa, mais passé la première heure on est souvent déçu, car rien n’a changé. Donc si je peux me permettre un conseil, vous pouvez ensuite passer directement au morceau numéro 10, sauf si vous voulez, comme Jacques Villeret, vous prendre une soupière en pleine face. Le milieu de l’album est décevant : entre le niais Spring Vacation et le sirupeux Daybreak Over The Ocean, il n’y a guère que Isn’t it Time qui vaille le coup.

Twist final

Puis, sur les 3 derniers morceaux, surprise : papy Wilson se réveille et nous inonde de sa légendaire mélancolie, au travers de riches harmonies vocales dans la veine de Pet Sounds et de Smile, et nous gratifie de textes plus que touchants. Il y est véritablement question de mettre un point final aux garçons de la plage, d’admettre que tout est dit, que l’été est fini, et qu’il faudrait songer à aller voir ailleurs (éventuellement prendre une retraite bien méritée?).

Pacific Coast Highway résume à lui seul la raison d’être de l’album :

Sunlight’s fading and there’s not much left to say

On comprend alors que Wilson se devait d’enregistrer une ultime fois avec les Beach Boys, afin que la boucle soit bouclée une fois pour toute. Une belle façon de combattre ses vieux démons, en somme ! Reposez donc en paix les mecs, vous avez bien donné, après ce sera trop ! 

Et toi, qu’en penses-tu ? Les Beach Boys, c’est bel et bien fini ?

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