Le meme : le me explainin’

Vous les avez certainement aperçus au moins une fois : ces visages très expressifs, ces BD très mal dessinées et autres photos de mauvaise qualité aux légendes hilarantes. Le point commun ? Ce sont des « memes ».

Je suis sûr que vous avez déjà vécu cette situation : vous apprenez le sens d’un mot, que vous êtes persuadé de ne jamais avoir rencontré. Puis soudainement, parfois le jour même, vous le croisez dans un texte ou l’entendez et vous vous dites : « Heureusement que je le connaissais sinon je n’aurais rien compris ». Il m’est arrivé le même genre de prise de conscience avec les « meme ».

Regardez par exemple cette vidéo. 

Vous n’avez rien compris ? Vous n’avez rien trouvé d’amusant ? Cette vidéo est pourtant un énorme et très beau clin d’oeil à l’univers des meme, bien connu des visiteurs assidus de 4chan, Reddit ou encore 9gag. Mais encore faut il connaître le principe du meme.

On pourrait faire une thèse pour expliquer le phénomène en profondeur, alors je vais essayer de faire court et efficace. Un meme, c’est une phrase, une image, une animation, en fait presque n’importe quoi, repris et décliné principalement par les membres de forums américains. Comme dans toute communauté ou sous-culture, le principe du meme se base sur deux éléments essentiels :

-tout d’abord, la récurrence. Un meme est basé sur le comique de répétition et sur la déclinaison de cette blague, et ce jusqu’à épuisement. Les internautes ont en effet tendance à exploiter chaque blague, quasiment jusqu’à ce qu’elle ne soit plus drôle. Un peu comme les blagues sur l’âge de l’aîné d’un groupe, qui peuvent au final devenir au mieux agaçantes, au pire dangereuses. En effet (j’ouvre une parenthèse), certains n’ont pas hésité à s’acharner sur des personnes physiques, allant jusqu’au harcèlement, comme en témoigne le cas de Jessica Slaughter, qui a tout de même terminé dans les mains du FBI. C’est le côté obscure du lol, les LULZ. Mais fermons cette parenthèse pour nous concentrer sur les memes « gentils ».

-ensuite, l’aspect communautaire. En effet, le principe même du meme n’est d’être drôle uniquement parce qu’il s’adresse à un cercle restreint d’internautes (ce qui, à l’échelle planétaire, peut néanmoins se chiffrer en dizaines de millions d’individus). Pour comprendre l’aspect comique, mieux vaut tout d’abord être geek à la base, puis passer de nombreuses heures à regarder des centaines de memes avant de comprendre l’esprit et l’essence de la chose.

Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est que j’ai le sentiment que les memes se propagent à une vitesse fulgurante et atteignent désormais le grand public (à moins que je n’aie de plus en plus de geeks dans mon entourage digital). Ce qui soulève une question importante : le meme va-t-il cesser d’être amusant s’il perd de son aspect confidentiel ? N’avez vous jamais éprouvé un malin plaisir à affectionner une oeuvre que vous seuls connaissez, du moins dans votre entourage « physique » ?

Et ça se prononce comment ?

Voilà la question qui fâche. On est censé prononcer à l’anglaise et dire « meem » ou « mime ». Certains individus qui n’ont pas mis leurs fichiers à jours prononcent « mémé » ou « mehmeh », car le doute avait également envahi les anglophones au début des meme. En français, le terme officiel est mème. Si vous avez un fort esprit de contradiction, libre à vous de prononcer « mime », histoire de vous montrer impressionnant.

Edit : comme me l’a fait remarquer @RemiB sur Twitter, les memes ne se trouvent pas uniquement sur internet. Certes, compte tenu du contexte, il paraît naturel de s’attarder sur les « internet memes ». Le terme date en effet de 1976, et fait partie d’une discipline scientifique qui lui est propre : la mémétique. Plus globalement, un mème est un phénomène, un comportement qui se répand par imitation et non pas par la génétique. Ce qui en fait un domaine très large.

Décryptage : les rage comics.

Les RageComics constituent une partie importante de l’esprit du même. Ils reprennent le principe du gag BD, avec des personnages récurrents, et des thématiques qui tournent autour de la vie quotidienne (école, relations amoureuses, relations avec les parents, animaux domestiques…), du cinéma, des jeux vidéos.

Quelques personnages récurrents :

-le personnage de base, souvent appelé « derp » (débile) et sa copine, la derpina :

-le forever alone guy/girl : le perpétuel exclu :

-la trollface : le perfide qui finit toujours par vous coincer (sur internet, un troll est un individu aux propos agressifs et souvent infondés) :

-le bitch please/fuck that shit : celui qui a toujours le dernier mot, se fout de tout et affiche un beau sourire à l’américaine :

-le cereal guy : le blasé qui ne prédit que de mauvaise choses :

-le « Y U NO » (why you don’t en bon anglais): l’exaspération à l’état pur :

-le « me gusta » : le pervers satisfait :

 -True Story et Challenge Accepted, des références directes à Barney Stinson de la série How I Met Your Mother :

-Freddie Mercury : la victoire, tout simplement (variante : le fuck yeah) :

L’anecdote qui tue  : pourquoi certains memes commencent par « le me » ? 

De nombreux comics débutent par la phrase « le me doing blabla ». Pourquoi un « le » en début d’une phrase en anglais ? Tout simplement parce que c’est une réminiscence d’une série de meme qui visaient à se moquer des français, dont vous pouvez voir un exemple ci dessous. (merci à @gmajoulet pour l’explication)

On pourra également citer, parmi les plus connus :

-les propos incohérents, sanctionnés par la phrase  « your argument is invalid » :

-les lolcats (chats mignons ou photographiés dans des positions amusantes, avec commentaire à l’appui) et parfois loldogs (merci à @Kalynjvy )

-le nyancat : l’absurdité à son comble

-l’O RLY : pas d’aéroport ici mais une manière alternative d’écrire « oh really? », avec sa réponse le « YA RLY » (merci à @remib). Il s’agit d’une réponse sarcastique à un propos évident, du genre « thanks Captain obvious » Aujourd’hui passé de mode, il a laissé place à un autre meme : « You don’t Say »

-une haine attisée envers Justin Bieber et Twilight.

Chuck Testa, le taxidermiste dont le « nope!  » est devenu mondialement célèbre avant d’être décliné à toutes les sauces.

Le philosoraptor, qui se pose (et vous pose) des questions existentielles et absurdes.

 

-Le Rickroll, une obscure technique qui consiste à faire arriver quelqu’un de la manière la plus subtile possible sur cette vidéo.

Le dramatic Look, qui provient originellement d’une émission japonaise :

Mais mon coup de coeur reste l’epic sax guy : 

Souvenez vous, en 2010, la Moldavie avait concouru à l’Eurovision avec une mise en scène incroyable, et un saxophoniste qui fait véritablement l’amour à son instrument. Il n’a pas tardé à être décliné en version 8 bits ou en version « 10 hours ». Curieusement, le violoniste aura moins inspiré les lolers. Pour rappel, voici la vidéo originale de l’Eurovision :

Il existe un nombre incalculable de memes, et je vous conseille le très exhaustif knowyourmeme.com si vous désirez en savoir plus. On peut également citer, en vrac : Chuck Norris, Neil deGrasse, Willy Wonka (You must be new here), le rainbow puke, le Trololo Song (également appelé Russian Rick Roll), Nicolas Cage, et j’en passe.

Ne sous-estimez pas les memes ; une fois que vous aurez compris le principe, les références et que vous aurez passé un nombre d’heures sur 9gag (pour ne citer que lui), vous vous découvrirez un nouveau pouvoir : l’espace temps ! 

, 8 Commentaires

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  • « Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est que j’ai le sentiment que les memes se propagent à une vitesse fulgurante et atteignent désormais le grand public (à moins que je n’aie de plus en plus de geeks dans mon entourage digital). »

    N’est-ce-pas simplement parce que la société s’est fortement numérisée et que les nouvelles générations naissent avec un clavier et un écran ? Ce n’est pas tant une propagation qu’un changement de société, où l’univers internet n’est plus underground, c’est un champ comme un autre (de la même manière que notre génération ou celle d’avant considère la télé ou les jeux comme une culture plus qu’une contre-culture, etc.)

    Pour nous dire « lol » dans la vraie vie, c’est un truc ironique pris avec une certaine distance, parce qu’on considère encore l’univers virtuel comme hétérogène à notre existence. Un gamin de 14 ans trouvera ça normal, parce que la virtualité est endogène à sa vie, à sa culture.

    (enfin je crois)

  • Alfred

    Certes, mais il me semble qu’on se retrouve alors face à deux catégories de personnes au sein des « loleurs » : d’un côté les jeunes de 14 ans, qui comme tu le dis trouveront cela normal, et ceux d’une autre génération, ceux qui étaient geeks à 14 ans à une époque où ce n’était pas hype de passer sa journée devant un pc.

    J’ai néanmoins le sentiment que les memes ont jusque là été underground, et qu’ils atteignent aujourd’hui le champ des « non-geeks ». Ce qui correspond, convenons en, à l’explosion de la côte de popularité du geek dans le mainstream.

  • Le problème c’est qu’à partir du moment où un nombre suffisant (difficilement chiffrable quand on est à l’échelle internationale) de gens valident une contre-culture, celle-ci devient automatiquement une culture. Quand les mecs ont commencé la culture surf au milieu du siècle, c’était un microcosme, underground donc. Quand les beach boys sont numéro 1 des ventes quelques années après, c’est devenu macrocosmique, au sens où à plusieurs échelles de la société, l’image convoquée par le média est acceptée et reconnue (ici: maison de production, tourneurs, publicitaires, parents… ce qu’on pourrait appeler « la société normale »).

    On est d’accord qu’un trentenaire avec un t-shirt space invaders, ça aura un coté underground, voire flippant. On sait qu’il est probable qu’il y a joué « dans le temps ». Le problème c’est que ce trentenaire vit dans un monde où le jeu vidéo et sa mythologie est parfaitement entré dans le système (ex: des études faites par des chercheurs sont déjà sorties depuis quelque temps, mais Ludo et toi êtes plus au fait que moi de ces choses là). Il est donc validé a posteriori. Il est devenu cool. Une partie de la société accepte parfaitement son t-shirt, le comprend. Et d’ailleurs, il est probable que c’est cette acception qui a fait que de tels t-shirts sont en vente. (parce qu’on ne met rien sur la marché qui n’ait pas une chance honnête de marcher)

    Ensuite, il y a le problème de la contextualisation. La propagation d’internet entre les USA et nous n’est pas vraiment comparable, ils ont une ancienneté dans l’acception de cet univers dans leur société. Exemple: un film hollywoodien , Traque sur Internet avec la mégastar de l’époque Sandra Bullock, date de 1995. On peut considérer qu’il y a probablement un temps de latence entre la « mainstreamisation » d’un phénomène et son utilisation par Hollywood. Soyons très vaches et réduisons ça à deux ans. Ca nous donne 1993. 18 ans d’internet pour le grand public, ma bonne dame, 16, si on revient à la date du film. Entre les vrais débuts de la culture surf et les succès internationaux des Beach Boys, il y a quoi….15 ans maxi ? A une époque où les flux culturels allaient beaucoup moins vite ! J’ai du mal, donc, à considérer que des cultures utilisant des forums, ou youtube, soient véritablement tjs considérables comme underground. L’idée d’un underground international me semble aussi trop paradoxale pour être valide. Une private joke à l’échelle de millions de personnes, c’est comme un couple fidèle qui fait de l’échangisme en secret. 4chan n’est pas, depuis au moins 5 ans, même en France, comparable à un fanzine tiré à 400 exemplaires. Même si les gens n’y sont jamais allés, ils seront tombés pour une raison x ou Y (postage facebook, envois par mail, recherches googles images) sur des « demotivational poster » pedobear ou autre joyeusetés.

  • Alfred

    Au final, la question est surtout de savoir ce que l’on va considérer, à l’échelle internationale de l’internet, comme une culture ou une contre-culture. Effectivement, peu de personnes étaient physiquement à Woodstock ou se sont rendues à la Factory. Les chiffres et les proportions ont changé.

    Même si les memes sont l’objet de l’affection et de la créativité de millions de personnes, le fait est que tu ne pourras pas rire avec n’importe qui sur un « epic fail » alors que tu auras plus de chances avec « c’est votre dernier mot » (mon exemple est pourri je te l’accorde). On en revient à la question de culture. A partir de quand peut on considérer que quelque chose fasse partie de la culture (populaire) et non de l’underground ?

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