La City Pop : quand le Japon s’est mis à groover salement

city pop

Blues du dimanche soir : tu penses avoir fait le tour des classiques du Vaporwave mais tu veux encore plus chiller. Tu commences alors à t’intéresser aux origines…

Et tu te rends compte que la City Pop a servi de base à bon nombre de tubes du Vaporwave.

Mais alors, c’est quoi la City Pop ? 

En deux mots, c’est du funk japonais produit principalement entre la fin des années 70 et le début des années 90.

Dans son article sur Nova où il a tenté de synthétiser ce qu’est la City Pop, Jean Morel explique qu’il s’agit d’une musique funky, urbaine, faisant l’apologie de la joie et de l’oisiveté.

Une musique à la croisée des mondes. D’un côté, les beats, très funky, sont empruntés aux grands noms américains. On reconnaîtra assez rapidement les sonorités de Earth, Wind & Fire, Chakha Khan, Oliver Cheatham, Marvin Gaye ou encore George Duke pour la partie fusion. Le niveau de maîtrise technique, musicale et harmonique est impressionnant. De l’autre le chant en japonais et les teintes inhabituelles (notamment de synthé) et autres surjeux à la limite du niais en font un produit au final purement nippon.

Le contexte

Certains vont jusqu’à dire que la City Pop désigne l’ensemble des productions japonaises des années 80. Si on tend l’oreille, il est vrai que le gros des productions de l’époque s’inscrivent dans une mouvance funky et colorée.

Mais retournons au milieu des années 70. Le contexte économique et politique est au beau fixe : le fameux miracle économique ne prendra fin qu’en 1988. La jeunesse urbaine est belle et fortunée. Elle veut profiter de la vie, rouler dans belles décapotables le long des gratte-ciels en construction, boire du Coca, et écouter du funk.

Les productions de jazz et de fusion sont déjà monnaie courante, et les musiciens américains viennent déjà faire des featurings sur les albums de jazz nippons.

La naissance du mouvement

J’ouvre une parenthèse, car il est toujours compliqué de donner un début précis à un courant artistique, et c’est encore plus compliqué avec la City Pop, pour plusieurs raisons :

Sa naissance remonte à maintenant une quarantaine d’années, à l’autre bout du monde. Il est donc compliqué de se remettre dans le contexte et d’en avoir une vision d’ensemble.

Un mouvement ne naît jamais à travers une seule oeuvre, aussi tranchante soit-elle. Dire que Sergent Pepper des Beatles a révolutionné le monde de la pop est certes vrai, mais à prendre avec d’énormes pincettes. Les Beatles n’ont pas été les premiers à expérimenter en studio : ce serait oublier les dizaines d’années de recherches et d’innovations dans le monde plus confidentiel de la musique contemporaine. C’est également faire l’impasse sur tout un écosystème culturel, musical, technologique, sociétal, mais aussi sur la propre discographie des Beatles. L’évolution s’est faite album après album, et le quatuor n’a pas sorti un genre nouveau de son chapeau. L’enchaînement Revolver / Sergent Pepper / Magical Mystery Bus est parfaitement fluide.

Et j’ajouterais que c’était probablement un des seuls groupes au monde qui avait les moyens financiers et la notoriété nécessaires pour proposer au grand public quelque chose d’audacieux, avec la quasi-garantie de ne pas se planter. Sans aller jusqu’à parler d’effet d’aubaine, c’est important de garder ce facteur en tête.

Fin de la parenthèse.

Les débuts de la City Pop

Pour ce qui est de la City Pop, c’est donc assez compliqué de définir un début. D’autant que les premiers artistes à en avoir fait ne se sont pas dit « tiens, et si on jouait de la City Pop ? ».

En regardant dans les différentes listes et sélections d’albums de City Pop, j’ai remarqué que le plus ancien était Sunshower de Taeko Ohnuki, paru en 1977.

Faisons donc un petit zoom : dès le morceau d’introduction, la ressemblance avec un certain Breezin’ de George Benson est assez saisissante. Quelques morceaux plus tard, c’est clairement un remake de What’s Going On ? de Marvin Gaye. Du moins jusqu’au moment du solo de synthé complètement WTF, qui te rappelle que la production est belle et bien japonaise.

Big Up si toi aussi tu as cru qu’elle était devant une machine à laver.

Définir le style

Pourtant, l’album ne se contente pas de faire quelques copier-coller bien exécutés de productions américaines. Les influences sont incroyablement variées : la soul, le funk, le jazz aussi bien traditionnel que fusion, le rock, la pop… Le dixième morceau commence par exemple comme du Gershwin, pour enchaîner sur une sorte de smooth-jazz dramatique, pour finir sur une fanfare fusion complètement déchaînée.

Idem avec Moonglow  de Tatsuro Yamashita, sorti en 1979. Les influences sont innombrables : imagine un album avec une intro à la Brian Wilson, qui embraye sur un groove à la Earth Wind & Fire pour continuer sur Rainy Walk, dont le ton léger rappellera Allright de Roger Troutman.

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Tatsuro Yamashita, prince de la City Pop

On est donc face à une appropriation quasi-systématique des codes de la musique occidentale (et particulièrement américaine), pour en faire quelque chose de nouveau. Je parle d’appropriation dans le sens où la plupart de ces productions ne cherchent pas à mélanger des sonorités nippones à cette base occidentale (si ce n’est bien sûr le chant en japonais). Elles opèrent pourtant une autre forme de mélange, qui va être de l’ordre du sur-jeu (on pourrait parler des heures du sur-jeu dans la culture asiatique), du too-much, d’une sensibilité qui rend au final ces oeuvres complètement japonaises.

Pour retrouver des sonorités plus traditionnelles, il faudra ironiquement aller chercher aux États-Unis, avec des groupes comme Iroshima. Ce dernier a incorporé des instruments typiques japonais dans du jazz fusion, préférant un mélange des genres à l’appropriation des productions réalisées sur l’archipel.

Fin et suite ?

La City Pop serait officiellement morte au début des années 2000, mais il semble qu’une nouvelle génération soit en train de prendre la relève.

Le genre bénéficie aujourd’hui d’un essor sans précédent. En déterrant ces albums qui pour beaucoup n’étaient jamais sortis du Japon et en les mettant à la disposition de tous sur internet, les artistes de Vaporwave et autres passionnés ont donné au genre une visibilité planétaire. Pour notre plus grand plaisir.

Avec NXF, on est d’ailleurs en train de préparer une playlist pour égayer ta vie.

Prend soin de toi, 
LCS 

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